19.08.2008
Mawashi geri
Il était un peu trop rond, du coup, un mélange de son prénom et de son nom le faisait surnommer Bouluc par les autres. L’enfer c’est les autres.
Il avait l’air d’un tyran de 8 ans tel que sa mère me l’avait décrit. Dans un grand bureau d’un haut poste qu’elle avait, et moqueuse, j’avais jeté « pas grave, je fais du karaté », et aussi sec, ça l’avait décidée.
Vingt heures par semaine, c’est toujours ça à prendre pour les vacances et le cinoche et les omelettes au fromage en bas de la fac, quartier chinois.
J’allais donc l’attendre à la sortie de l’Ecole Alsacienne. Lui il ne croyait pas que je faisais du karaté, parce que je portais des sabots.
La question a été assez vite réglée, un jour dans l’entrée de l’immense appartement, pas content, il a balancé sur moi son cartable, que je lui ai renvoyé. Choqué il était, parce que quand même, ce manque de respect pour ses affaires.
Mais ça avait du prouver.
Il était assez inquiet de ma cuisine, faut dire que les mômes ça n’était pas mon truc et la cuisine non plus. Alors il me disait « les côtes de porc ça se fait cuire 20 minutes ». Bouluc Boud’chou.
J’avais comme référence trois mois au pair, Leigh on Sea, une gamine de 5 ans qui montait sur les meubles pour des démonstrations de danse, un gamin de 9 ans somnambule qui débarquait dans sa chambre où je dormais la nuit pour récupérer son lit, un autre de 11 ans, scientifique, qui faisait des expériences sur des rats, dans le garage, ce qui excitait considérablement une énorme labrador infestée de puces qu’elle me refilait généreusement.
J’avais survécu alors hein, Bouluc.
On avait pris nos habitudes : je lui lisais Tintin et il s’endormait contre moi. Quand je m’écroulais, il marchait sur la pointe des pieds pour ne pas me réveiller.
En sortant de l’Ecole Alsacienne, on allait en face, un bout de Jardin du Luxembourg. Je bouquinais et lui faisait je ne sais quoi. Un jour il a mis le feu à un buisson.
Il y a eu conférence familiale – une rare occasion de voir le père – et aussi, un entretien à l’Ecole Alsacienne, et j’ai été conviée aux deux. Pré délinquant le Bouluc.
En fait, un gamin qui grandissait avec moi.
L’année est passée et à la fin, la mère a accouché d’une petite fille. J’étais sidérée, parce que mon fils cet inconnu quand même.
Je suis allée la voir à la clinique, c’était laid un nourrisson. Elle comptait sur moi pour garder les deux. J’étais tiède. Je lui ai demandé une augmentation d’un franc de l’heure, dix francs, le smic, ça me semblait un principe à respecter.
Ils ont tous trouvé ça très choquant, de profiter de sa faiblesse pour extorquer.
Tant pis.
Je n’ai plus jamais revu Bouluc.
Et parfois, surtout quand je fais des côtes de porc, il me manque.
(Publié décembre 2006 – forum Télérama)
23:33 Publié dans une mutine fait toujours la maligne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.08.2008
Banzaï
L’informaticien Tik, qui avait élu domicile dans le local informe, surnommé le BuroTik par nos facétieux fonctionnaires de Notre Glorieuse Police Nationale, en avait un peu assez de travailler sur l’extraction sectorielle des zonages des taux d’élucidation préventive des délits commis par les pré délinquants d’un âge compris entre 10 et 13 ans et demi, tapa d’un geste rageur sur la touche Entrée de l’application VigiRacaille, pour en sortir (de l’application).
Mais le clavier était enduit d’huile piquante à pizza 3 fromages et il ripa (le doigt) entre la touche Entrée et µ.
Comme il n’était pas très bien élevé, au lieu de dire, comme vous et moi « Aïe j’ai le doigt coincé dans le clavier », il poussa un bref rugissement : « Putain de bordel de Dieu de saloperie de clavier de merde !! ».
Il décida donc d’aller un peu surfer sur son site préféré, Mi-Toc.
Il vit tout de suite qu’il avait un message de Séraphine95C, qui lui disait : « ok pr rdv resto chinois ce soir ». Elle n’était pas très littéraire, tout à fait ce qui allait changer un peu les idées de Tik. Aussitôt, il répondit : « ok pr passé o oraus 20 h Dragon du Lotus», il n’était pas très porté sur l’orthographe, ce dont Séraphine95C ne s’était pas aperçu.
C’est comme ça qu’il s’est retrouvé à guetter le soir, attablé au Dragon du Lotus, sa petite robe bleue qu’elle lui avait dit tout le temps porter en signe de reconnaissance (cette précision l’avait vaguement irrité, tout mâle espérant être le Premier).
Quand Séraphine95C arriva, Tik fut ébloui : ça n’est pas qu’elle était belle, ni même jolie, mais il se dégageait d’elle un charme puissant. Dotée d’une fière queue de cheval brune, les yeux mis en valeur par des grandes lunettes rondes, une bouche de cerise Cœur de Pigeon, une taille qui … un décolleté qui … vous voyez quoi ! Elle était le portrait tout caché de Mle Jeanne, la pompom girl de Gaston Lagaffe, et Tik, du faire semblant de tousser afin d’essuyer discrètement la bave qui coulait de sa bouche béante d’amour éperdu. Mal poli mais propre.
A partir de ce moment, la soirée passa comme dans un rêve, dans une sorte de manège enchanté si vous voyez à quoi je fais allusion.
Ils papotèrent de choses et d’autres et se montrèrent des photos de leur famille. Mlle Jeanne avait été mal mariée, une espèce de brute qui faisait partie des Joyeux Chasseurs et posait, un lapin dans une main, au milieu d’autres olibrius du même acabit : « Guy, l’homme, le con, qu’est rang 2 » lui montra t elle d’un doigt peint avec des étoiles brillantes sur chaque ongle.
Ils commandèrent un plateau d’entrées assorties, en beignet, un autre à la vapeur, des nems au crabe, du bœuf aux 7 légumes et aux 12 épices, du canard à l’orange, accompagnés de riz cantonnais, le tout arrosé de bière et comme Mlle Jeanne s’éventait avec la carte des desserts tout en sous entendant qu’elle n’avait plus faim, Tik lui dit : « l’appétit, mets en dans l’après riz ! ».
Suite à ce repas, ce que firent Tik et Jeanne, cet épisode ne le dit pas.
Aucun dragon, cheval, pigeon, lapin bœuf, crabe, canard et cantonnais n’a été torturé pour les besoins de ce récit.
Garanti 0 % de connaissance informatique et 0 % de sexe.
Néanmoins déconseillé aux allergiques au curry, aux chasseurs et aux informaticiens.
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03.08.2008
mot au prof principal
Cherchez +, c moi ki l’a pécho, l’enveloppe de la caisse de grève.
C l’hallu comment vous faites 1 drame, et vos méthodes de naz, là, les menaces de « punition collective », le discours pitoyable du CPE, « on considérera avec toute l’empathie … gnagnagna … » ! Comment il se la pète grave lui …
Hier y a Piche qui est venue o cyber en empruntant la voiture de c vieux, mais elle a été embarquée par la fourrière, et les thunes pour la fourrière, Piche les a pas.
Alors pour pas ky ait Tchernobyl chez Piche, me suis dit : c nous les « générations montantes kon va payer les retraites des profs », l’entrée de la tôle, ça fait un bail kon c la passer, y avait plus k à fracturer le bureau du cépéheu. Il est trop laid, lui.
Pas la peine d’écrire à mes vieux, je v vous pétrifier net : ce soir g 18 balais, alors les petits mots pour mes 42 absences, fini, niet, out, pas question de venir comater en salle de permanence pour des heures de colle, basta. Aussi inutiles k le H d’Hawaï. C gras lourd tout ça.
J’irai cotiser pour vos retraites, quand je me le sentirais.
En attendant, je v me casser le ventre avec mes potes, un fat cassoulet avant d’aller camper le cyber.
Robin.
PS : je colle un euro symbolique dans l’enveloppe, en signe d’empathie.
(publié atelier « lettres d’aveu », forum de Télérama, été 2003)
19:01 Publié dans une mutine fait toujours la maligne | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
27.06.2008
RATP mon amour
Faites l’expérience. Arrêtez vous devant l’affiche intrigante de l’expo sur la ville chinoise, dans un couloir de métro.
Naturellement, vous serez bousculé comme un bébé bison lors de la première Grande Cavale, celle qui fait traverser tout l’Ouest avec encore du lait qui sort du nez. Surtout vous serez touriste. Ce qui ne vaut pas forcément d’être pendu par le Génie des Alpages. Mais vous fera passer pour limite débile.
Si l’on vous met des affiches géantes sous le nez pendant des kilomètres de couloirs, ça n’est pas pour les regarder, c’est pour meubler, faut croire.
Je peux me moquer pardi.
N’empêche que la RATP est un autre univers, entre un Terry Gillian qui bug et un Kusturika qui Alzheimer, entre une piquette tournée et un carrousel épileptique, entre Sisyphe et l’écoute éternelle de la danse des canards.
Une des premières ambitions culturelles de la RATP avait été d’exposer des photos, d’amateurs, de professionnels et aussi des archives de la RATP et c’était une vache de bonne idée. J’avais discuté avec un des organisateurs et il m’avait donné une épreuve, de 30 sur 24, elle est en noir et blanc. On voit trois vieux métros, et une dizaine d’ouvriers travaillant à l’entretien. Ils ont tous des vareuses, des casquettes, mais ce qui est drôle, c’est qu’on sent la pose et on devine, à une fossette près d’une moustache prolétarienne, l’amusement de cette composition. On dirait des Charlots heureux. Derrière la photo, il est marqué « GO Atelier photographique RATP 5.3.34 ». Quelques jours auparavant donc, on comptait les morts, 17 après l’émeute d’extrême droite, 9 après la contre manifestation de la gauche parlementaire.
J’ai beaucoup pris la RATP en dilettante.
Je me souviens qu’en rentrant de la fac, le soir, pour la douce banlieue sud – et sa roseraie – il y avait dans le bus un type maigre et plein de tics, qui se masturbait et personne n’osait rien dire. J’essayais d’éviter cet horaire là.
Plus tard, en trajet professionnel, j’avais toute la ligne A du RER à faire, assise, et je n’ai jamais autant lu de ma vie. Il y avait un type, un noir avec un attaché-case, habillé avec un costume cravate, qui parlait tout le temps, mais tout le temps. Ca me fascinait et me faisait horreur à la fois, je ne comprenais pas ce qu’il disait, et surtout, comment il pouvait travailler, s’il travaillait.
Bien sûr ça pue la RATP. Mais je ne crois pas que ça me dérange tant que ça. Il y a un effet ça passe ou ça casse : on se dit mais qu’est ce que ça pue, on entre comme on plongerait dans un bain de boue, méfiant, voire légèrement révulsé, et puis après, on est tellement dedans que c’est comme si ça ne pouvait pas être autrement.
Evidemment on trouve les gens cons. Toutes les fois on se dit c’est absurde de courir comme ça, de gagner un escalator d’avance, d’être dans ce troupeau et si on arrêtait tout et on réfléchit, mais Gébé est mort. Le pire, c’est quand on se met à haïr. On haït l’autre parce qu’il faut qu’on soit le plus fort. Un jour on est moins bien et peut être on claudique, peut être on a l’estomac qui s’est tordu ou envie de rendre sa vie, alors on regarde plutôt la petite vieille qui s’agrippe à la rampe. Et comment ça sera quand on sera vieux ? Alors on haït plutôt la RATP , pour un petit moment.
Le plus barbare je trouve, ce sont ces espèces de doubles tourniquets. Déjà tu arrives et faut faire gaffe. Des tourniquets sont sens interdits et d’autres réservés à Navigo, ou tout au moins à une sorte de laisser passer, que toi, le touriste, tu n’as pas. Si tu te trompes, comme les gens se sont coagulés derrière toi, il faut que tu t’apprêtes à faire demi de mêlée. Si ton ticket passe, il ressort aussitôt et il faut penser à le prendre tout en s’enfilant dans un premier tourniquet à hauteur de taille et en poussant une porte. Pour décourager les petites vieilles c’est assez radical, parce que pas le droit de passer une canne.
Ils ont fait ça pour Lutter Contre les Fraudes. Parce que des fois, tu avais des fraudeurs qui te collaient dans le dos pour passer sans ticket, les salauds. Maintenant ils ne peuvent plus mais toi, tu ne passes plus si tu as un gros sac, des vêtements qui flottent un peu trop, une poussette pour bébé, si tu ne comprends pas pourquoi il faut un ticket qui part revient un tourniquet et une porte, si tu es lent.
Même si simplement tu es digne.
Ces passages me font penser à des tortures, des genres de casques à pointe juste à ta taille mais pas le droit de bouger trop vite, à des abattoirs de vaches.
Carrément humiliants.
Ca n’est pas tant la course de ces trajets qu’il faudrait supprimer, mais ça, cette espèce de soumission de passage, plier l’échine sous le fer.
En plus, quand tu sors, la RATP t’aime tant que les doubles portes s’ouvrent avec un grand enthousiasme quand tu poses les pieds sur le tapis sensible, un tel enthousiasme que leur élan les fait rebondir et se refermer sur ta gueule, et toi t’es content de respirer l’air pur, in fine.
Dernièrement j’ai fait des découvertes.
Par exemple, alors que je cherchais un plan du métro avec ma mère pour aller je crois manger une soupe chinoise dans le 13e au Hawaï – qui est excellent et pas cher avenue d’Ivry malgré le nom ridicule pour un chinois – je comptais interpeller un employé qui caricaturalement, avait derrière son hygiaphone un magasine d’ouvert et un téléphone contre l’oreille. Il faisait semblant de ne pas me voir le bougre et puis au moment de ma plus forte exaspération, ma mère m’a appelée. Voilà que le plan du quartier, si on appuie sur un bouton, il tourne et devient un plan du métro, alors là je dois dire que ma mère m’a carrément étonnée. Je lui ai dit. Voilà que tu as l’instinct technologique, je lui ai dit.
Et puis aussi, je croyais que le ticket T était valable sur tout le réseau RATP, pendant une heure et demie. Je le croyais dur comme béton armé, parce qu’une fois que le composteur d’un bus ne marchait pas, le conducteur avait écrit sur le ticket « valable une heure et demie ».
Mais ça serait bien trop facile.
L’autre jour, j’étais à Montparnasse, je sortais des 7 Parnassiens quasi le seul cinéma à passer « La Soledad », un film très bien malgré le recours systématique au split screen mais on s’habitue à la longue. Après j’étais allée faire un tour à la Fnac rue de Rennes pour cause d’addiction récente aux nouvelles de Annie Saumont. Je devais ensuite rejoindre le Kremlin Bicêtre, pour visiter un café appelé La Comète , et échanger avec quelques habitués.
Je pensais m’en sortir avec un seul ticket et bien non, l’histoire de valable une heure et demie c’est si tu restes à l’intérieur et alors tu peux prendre le métro une heure et demie si tu veux sans avoir à repayer. Mais si tu le prends une heure trente cinq si, il faut que tu remontes suffisamment en surface pour repasser une entrée, sinon tu es fraudeur. Si tu sors, et que tu prends un bus de la RATP , il faut remettre un ticket. Alors mettons que comme moi tu foires un peu ton trajet Montparnasse Le Kremlin Bicêtre juste parce que tu as envie, comme ça, d’aller porte d’Orléans porte d’Italie en tramway parce qu’après tout tu es touriste. Tu payes un ticket pour le métro, puis un ticket pour le tramway – puisque tu es dehors – puis un autre ticket pour le métro qu’il faut d’ailleurs que tu prennes dans un sens porte d’Italie pour remonter à Maison Blanche pour reprendre un métro qui ne passe pas par porte d’Italie mais va bien au Kremlin.
La Comète ça se mérite.
Que je me suis dit.
Parfois, il arrive des choses tellement bizarres, si c’était des scènes de film mais on dirait « il exagère » en les voyant. Ces fois là, on ne peut plus dire un trajet RATP, mais réellement que un voyage.
Mais c’est rare.
Je me suis rendue de l’Haÿ les Roses à quai André Citroën via la gare de Bourg la Reine pour le RER B puis changement à Saint Michel pour le RER C pour descendre à Javel. Le RER C, j’aime bien, c’est celui qui emmène au musée d’Orsay, à Chaville, à Versailles, des destinations touristes n’est ce pas.
Mais ce que je trouve d’anti petites vieilles, c’est que la marche pour monter dedans est très haute. Par exemple j’ai une tante, elle est obligée de se faire aider pour monter dedans. Elle habite à Chaville – c’est Alzira.
Bon enfin là j’étais dedans, et dans le wagon, il est entré deux accordéonistes et qui chantaient des musiques tsiganes, c’était joyeux mais un peu trop fort, impossible de continuer à lire « je suis pas un camion » de Annie Saumont. Parce qu’il faut se concentrer un peu quand même, pour certaines de ses nouvelles.
A l’arrêt d’après, est montée toute une bande énorme de collégiens totalement excités, et ils ont repoussé les accordéonistes contre une porte. Je leur ai demandé où ils allaient et bien sur ils allaient à Versailles, c’était une classe de 4e.
Mais à Javel, sur le quai, une nuée impressionnante d’hollandais en vélo – enfin c’était peut être des allemands – prétendait monter. Je crois que les accordéonistes sont en dépression.
Ca m’a fait penser à la chanson d’Higelin, des gamelles et des bidons, des gamelles melles melles des bidons dons dons mais je ne sais pas pourquoi, le coté raton laveur peut être.
En tout cas, dernièrement, je suis descendue dans la station Saint Michel, et ces grands escaliers qui arrivent devant les guichets, en amphi, ça m’a fait remonter une bouffée de saudade, pas piquée des hannetons.
Après en rentrant, dans le TGV, il y avait au bar un saxophoniste et un guitariste qui massacraient des standards de jazz, et puis j’ai pris un tramway à fleurs en passant devant une armée de CRS qui allaient à la bagarre avec les viticulteurs, mais c’est une autre histoire, pas une histoire de RATP.
(ce texte épique est le résultat d'un tag de Dorham, à qui on ne peut rien refuser)
01:26 Publié dans une mutine fait toujours la maligne | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
14.06.2008
Chimiquement pur
Je sais pas vous mais moi, j’ai tendance à retenir les trucs bizarres qu’on me raconte – comme la lange grossit huit fois ce qu’elle ressent - plus facilement que des faits importants souvent de société – comme où sont les sunnites et où sont les chiites.
Dernièrement j’ai entendu dire qu’à l’hôpital de Montpellier, des enfants nés asexués seraient en observation. Ces enfants seraient de parents agriculteurs et la mère aurait inhalé des pesticides et voilà pourquoi. Ca pose beaucoup de problèmes non seulement pour donner les prénoms aux bébés, encore que là on peut se débrouiller avec Claude, Dominique, voire Pascal ou autre ruse, mais surtout pour prendre des décisions. Ainsi, m’a-t-on exposé, on ne sait pas vers où orienter la sexualisation : vers une fille ou vers un garçon ? Moi je dis que c’est plus simple en fille mais je ne suis pas docteur.
Bien sur du coup, je vous raconte ça sur un ton léger parce que c’est le genre d’info sur lesquelles je ne sais pas avoir de réaction – et en plus entre temps, j’ai recherché sur le Net et personne ne parle de bébé asexué.
Parfois, plus c’est gros et gore et plus je ris, y a un coté décalage avec le lacrymalement correct, alors j’en rajoute une couche.
Par exemple, quand je repense au Masque et la Plume où ils ont descendu en flèche le livre de Mazarine – que la honte s’abatte sur elle et sur sa descendance ! – à propos des bébés congelés, et qu’ils ont expliqué qu’il y avait un problème de rupture de la chaîne du froid, ça me fait rire.
Hier j’étais au Parc de la Roseraie de l’Haÿ les Roses avec ma mère.
On a croisé un bébé pas beau du tout qui avait une espèce de chapka. Avec ma mère, nous avons échangé des considérations sur le fait qu’il n’était pas beau. « Il a les joues sur le coté c’est pour ça » je lui dis. « En même temps, c’est à peu près normal » elle me fait remarquer, fine mouche. « Oui mais là, ça lui fait une tête rectangulaire mais avec le coté long horizontal, tu vois ? ». « Tu veux dire qu’il a les joues à la place des oreilles ? » Qu’elle me questionne déjà un peu hilare. « Oui voilà, il a les joues décollées ». « Faut dire, le bonnet n’arrange pas les choses » qu’elle tente de s’apitoyer. « Normale, c’est dur pour un bonnet de coller à une tête rectangulaire » je conclus.
C’était notre deuxième fou rire, celui d’avant était à propos de mariage imaginé en tenue d’après ski – pour passer l’alliance il faut des mitaines, pour embrasser la mariée, soulever la cagoule etc.
Après j’ai regardé la seconde partie de « the lost room » à la télé – ma mère m’a dit « ça m’intéresse pas tellement, je vais me coucher » - où il y a un œil de verre qui pulvérise ou guérit la matière suivant les intentions de son porteur - et j’ai lu avant de m’endormir « Echo Park » de Connelly, qui parle d’un tueur en série.
Le matin, un peu avant de me réveiller j’ai rêvé que j’étais poursuivie par des méchants et qu’ils voulaient faire une tractation avec moi.
J’avais une monture, qui était entre le chameau et le lama.
A un moment, les méchants arrivent et moi j’étais descendue de mon chameaulama, pour me cacher, alors ils sont repartis – ils devaient être tout déçus.
On était dans des petites rues de l’Haÿ les Roses, et je devais suivre quelqu’un, un homme, mais il disparaissait dans des rues. Avec le chameaulama, je suis allée voir et j’ai trouvé le chemin et je suis arrivée dans une ferme pour animaux chimiquement purs. C’était comme ça, je savais que c’était une ferme pour animaux chimiquement purs. D’ailleurs, y avait un lion, ça se voyait qu’il était chimiquement pur. Moi je me suis dit que mon chameaulama allait être très bien dans cette ferme.
On était quatre, l’homme que je devais suivre, un adolescent et je ne sais pas qui d’autre. Il y avait un lit à deux places et je me disais, qui va dormir où ? je voulais dormir dans le lit bien sur, mais je voulais choisir avec qui c'est-à-dire avec l’homme et pas les 2 autres.
En regardant par la fenêtre j’ai vu une forêt avec un chemin et des gens qui passaient sur ce chemin. C’était la Frontière de l’Aude. J’ai failli dire que mon chef est originaire de l’Aude mais je me suis retenue pour ne pas exagérer avec mon chef. Et puis après, j’ai émis l’idée qu’on pourrait passer la Frontière de l’Aude pour se cacher et qu’on ne nous retrouverait pas, c’est sur.
Et la sonnerie 2 de mon nouveau téléphone s’est fait entendre, j’avais un train à prendre.
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07.06.2008
Rêve de Toussaint
Je suis un pédopsychiatre réputée, spécialisée dans le nourrisson.
Deux cas m’occupent plus particulièrement : un bébé de trois mois qui vit dans une télé et qui communique via l’écran, et un autre bébé, que personne n’a jamais vu, et qui vit dans un photocopieur.
Je m’intéresse au photocopieur : il y a des trous partout, avec quelques fois une lumière verte qui sort, et même un rétroviseur dans un coin.
Je prends ma voix de pédo-psy, et m’adressant à l’habitant, je lui dis : tu peux me dire par où tu nous vois hmmm ? Là ? Là ? Ou là ? J’essaie d’introduire mon regard par chaque interstice. Je pense fugitivement que les rayons laser ça n’est pas bon pour les yeux.
Pas de réponse, bébé est muet ?
J’ai alors une idée du genre de celle qui ont fait ma réputation de pédo-psy intuitive : et si je mettais en communication les deux cas ?
J’arrive donc avec le photocopieur devant la télé, postée comme une idole sur un podium. Devant, plein de femmes et un petit tapis. Elles me disent : ah ! Il faut retirer les chaussettes absolument !
Je me mets pieds nus, approche le photocopieur, et commence à le démonter. Je vois une serviette rose vif, sur laquelle repose une fourmi, pas une grosse non, juste disons une taille de grosse puce.
La fourmi se couche sur le coté et me dit : je suis vraiment fatiguée maintenant.
Je vais voir les parents, style dans Urgences quand il faut annoncer une mauvaise nouvelle. Je me trouve face à deux femmes.
Elles me disent : nous sommes très inquiètes car des cas comme cela ne vivent pas très longtemps.
Je réponds : vous savez, il n’a pas vraiment la physiologie d’un être humain. Les insectes sont bien plus résistants. En fait c’est une fourmi.
Elles me remercient pour leur avoir parlé comme à des adultes.
Entre le rideau à motifs oranges rouges noirs et blancs et le bord du mur, je vois la pluie qui martèle.
Les branches de l’arbre en face prennent des mines de gargouilles.
Je me dis qu’il va être agacé par ses draps qui n’arrivent pas à sécher dehors.
Il est 11 heures mais en fait 10.
Il ouvre des yeux ronds de comme quand il était enfant, et me dit : tu as bien dormi ?
22:54 Publié dans une mutine fait toujours la maligne | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
01.06.2008
la vie trépidante de l'échalote

Il se passe des trucs on ne s’imagine pas. Faut dire on ne nous dit pas tout, non plus.
Sérieux, il y a des questions de principe qu’il ne faut pas négliger.
Figurez vous que jusqu’à il y a peu, les échalotes que vous mangiez étaient des échalotes grises, de la variété Allium Cepa L.var.ascolonicum et surtout, à multiplication végétative. C’est un arrêté du ministre de l’agriculture et de la pêche et du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie du 17 mai 1990 qui le dit et qui réserve donc la vente, le transport ou la détention à l’échalote grise.
Mais voilà que De Groot En Slot Allium BV et Bejo Zaden BV, producteurs hollandais, se sont mis à produire des échalotes par semence. Les deux ministres leur ont dit tsss tsss c’est pas légal. Ils ont fait un recours en disant elles sont belles nos échalotes. Mais les ministres, le 26 février 2001, ont maintenu. Non non, la vraie échalote qui mérite ce nom est celle qui, outre sa multiplication végétative, présente de nombreux bourgeons auxiliaires, bulbes inclus, une cicatrice du plateau de la touffe et une asymétrie par rapport à l’axe de la touffe et à la coupe transversale du bulbe. Et pas les hollandaises. Non mais.
Les hollandais ne l’ont pas entendu de cette oreille là mais de l’autre.
Ils ont dit oui mais l’article 16 de la directive n°70/458 du Conseil Européen du 29 septembre 1970 relatif à la commercialisation des semences de légumes, il dit que les états membres – et la France est un vache d’état membre depuis le début – n’ont pas le droit de soumettre à restriction de commercialisation les variétés des espèces de légumes inscrites sur le catalogue commun des semences et des plants de légumes publié le catalogue, au journal officiel des communautés. Et que justement, depuis 1998, il y a dans le catalogue commun, les semences des variétés « Matador » et « Ambition », qui ne sont pas grises. Et toc ! Alors hein !
Et en plus, à supposer que ça ne suffise pas comme argument, l’arrêté interministériel restreignant la commercialisation d’innocentes échalotes pas grises est contraire à l’article 28 du traité du Conseil Européen, parce que ça revient à interdire d’importation la pauvre échalote et que c’est une mesure disproportionnée par rapport aux exigences de la protection des consommateurs.
Et les hollandais ont tout rapporté au Conseil d’Etat pour qu’il leur donne raison.
Le Conseil d’Etat était bien embêté pour trancher cette question en toute justice et a donc saisi la Cour de Justice Européenne afin « de qualifier les faits, en procédant, le cas échéant, aux investigations contradictoires qu’elle est à même d’ordonner, afin d’apprécier si les variétés Ambition et Matador présentent, par rapport aux échalotes de plant, non pas tant par leur aspects extérieurs, dont il est constant qu’ils sont très proches, mais surtout par leurs propriétés organoleptiques et gustatives, des différences suffisamment réduites pour qu’elles puissent être reconnues comme appartenant à la catégorie des échalotes ».
L’enjeu est d’importance parce qu’il ne faudrait pas que l’on mange des oignons en pensant manger des échalotes, voyez vous.
La Cour de Justice Européenne a dit que l’inscription sur le catalogue commun, ce n’est pas normal et c’est contraire au droit communautaire. Ca aurait pu suffire au Conseil d’Etat comme expertise mais la Cour , passionnée par la question, s’est autosaisie pour poursuivre sa réflexion car « l’illégalité de ladite inscription n’autorisait pas un Etat membre à interdire qu’un légume puisse être vendu sur son territoire sous le nom d’espèce échalote, au seul motif qu’il se reproduit par semis et non par plant ; qu’il n’en irait ainsi que si les différences entre ce légume et les échalotes à reproduction végétative étaient à ce point importantes qu’il ne saurait être considéré comme relevant de la même catégorie, susceptible d’être vendu sous la même dénomination avec un étiquetage adéquat ».
Le Conseil d’Etat a trouvé qu’il n’était pas hyper avancé par tout ça.
Il a donc procédé à des suppléments d’investigation et cela a conduit les parties à produire des témoignages de chefs cuisiniers et des résultats de tests de dégustation, à l’aveugle ou non, portant sur la comparaison, avant ou après cuisson, soit des variétés Ambition ou Matador par rapport à plusieurs échalotes de plant, soit de l’ensemble des légumes par rapport à des oignons.
Et là, la sentence des goûteurs, aveugles ou pas, a été sans appel. D’abord il y a des différences de propriétés organoleptiques, et en particulier dans la teneur en matière sèche après passage en étuve, mais surtout, c’est au regard des propriétés gustatives que les gourmets distinguent les échalotes de plants. Elles sont en effet, surtout après cuisson, plus parfumées, plus puissantes et corsées, longues en bouche, par rapport aux produits des hollandais, à la saveur moins prononcée et typée, plus neutre et plus fade.
Bon d’accord a dit le Conseil d’Etat, mais tout de même, il résulte du dossier que les deux produits ont en commun des propriétés qui les distinguent des oignons.
Alors si on ne peut pas les appeler échalotes, comme ce ne sont pas des oignons, ça revient à poursuivre l’interdiction de leur importation donc c’est contraire aux règlements européens.
Alors, il n’y a qu’à mettre des étiquettes, genre avec « hollandaises » dessus et puis voilà, le consommateur choisira.
Résultat, dans sa séance du 1ier décembre 2006, le Conseil d’Etat a dit, elles ne sont pas bonnes les échalotes hollandaises mais on ne peut pas les appeler des oignons alors les hollandais peuvent les vendre en France mais à condition qu’elles aient une étiquette et qu’est ce que je vais faire pour le repas du réveillon ?
Ecrit le 8 février 07
Arrêt du Conseil d’Etat : http://www.conseil-etat.fr/ce/jurispd/index_ac_ld0650.sht...
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