27.09.2009

De la dignité du faisan sauvage [au fin fond de la Petite Camargue]

de la dignité du faisan sauvage.jpg

 

Nous nous étions divisé en 2 équipes, et j'étais avec X.

Nous rentrions au bout des chemins dans des mas parfois à l'abandon, transformés en entrepôts pour chaises longues de paillote estivale ou en locations pour néo ruraux sur la paille.

Nous remontions nos fenêtres, X coupait le moteur pour mieux percevoir des aboiements. Il descendait prudemment et criait "bonjour !", tel un représentant cherchant à placer des encyclopédies à des petits vieux devenus sourds.

Dans un mas, nous étions tombés sur un type qui avait l'air à l'ouest, il était allé chercher sa mère, qui bon pied bon oeil, nous avait déclaré avec un air de triomphe derrière ses lunettes, que non, il n'y avait plus personne, le couple logé dans une maisonnette à coté était là comme gardiens, un peu. Ils m'avaient fait penser au films de Depardon, ces films fascinants sur les paysans de Corrèze. J'avais dit à X que le type n'avait pas fini de cuire, il n'avait jamais entendu l'expression et s'en est amusé longtemps.

Dans un autre mas, nous hésitions à sortir de la voiture quand une camionnette blanche que nous avions croisée, figés sur le bord du fossé, est arrivée et le conducteur est sorti, alors nous sommes allés à sa rencontre. Un énorme chien est arrivé en aboyant, sa gueule au niveau de mon ventre. X a dit il est gentil le chien ? et le type a répondu oui enfin attention, il ne faut pas lui toucher la tête. Des fois qu'on aurait eu l'intention.

Finalement, pas de logement non plus ici, enfin juste le permanent espagnol, avec sa fille de 7 ans, nous ne sommes pas allés voir, nous voulions voir les logements des saisonniers, s'il y avait.

J'avais pris mon appareil photos, et aussi un mètre, pour les surfaces d'habitation.

Il faisait un temps splendide.

Nous longions les chemins bordés de vergers, dans lesquels des pommiers rouges alternent avec des pommiers verts, des pommes jonchaient le sol, souvent.

Parfois, nous atterissions en butée sur les rives réhaussées du Vidourle ou dans des mas d'élevage de chevaux, si enchanteurs.

Nous avons silloné toute la carte, une carte de randonnée, entre Marsillargues, Saint Laurent d'Aigouze et La Grande Motte. Je cochais les mas sur la carte pendant que X conduisait, en essayant d'éviter les nids de poule des routes, des dérivés de départementales, des déclinaisons, des chemins sans nom ou ayant plusieurs noms, chemin des Bois ou chemin des Mas, tu parles d'une indication.

Il était midi passé et une bonne douzaine de mas était cochée, nous étions partis depuis le matin 8 heures de Montpellier.

Régulièrement, j'appelais l'autre équipe, qui avait l'air occupé.

X a reçu un coup de fil et il s'est mis à répondre, sur cette route déserte de western camarguais, il était presque à l'arrêt, et d'un seul coup, le faisan a déboulé devant, du coté gauche. X a dit vous êtes chasseur monsieur Machin ? parce que j'ai devant moi un superbe faisan. X a stoppé, j'ai attrapé mon appareil photo et l'ai allumé et j'ai bondi hors de la voiture, pendant que le faisan courrait en faisant une boucle sur le coté droit de la voiture, dans un champs arrasé, repassait derrière la voiture et rejoignait de nouveau le coté gauche.

J'ai réussi à l'attraper, une seule photo.

Puis nous sommes allés déjeuner à Marsillargues sur la place, dehors, les autres nous ont rejoint.

En buvant un muscat, ils nous ont raconté qu'ils avaient vu, un mas avec des logements indécents mais familiaux, un artiste forgeron soudeur vivant dans un mobile homme déglingué, un vieux marocain de 72 ans, ex travailleur saisonnier vivant dans un bungalow sans eau ni électricité mais ne voulant pas que l'on s'occupe de lui, puis enfin, des logements de 22 salariés saisonniers. J, qui est en formation, décrivait avec émotion la façon dont un pièce du bâtiment avait été créée, à l'aide d'une bâche plastique tendue au milieu de la pièce.

L'après midi, X est reparti, et je suis restée avec F et J.

Comme J ne connait pas la région, après être allés dans encore 2 mas, nous avons décidé de lui montrer La Grande Motte, la Motte du Couchant, le centre ville et Le Ponant, et nous avons regardé la mer, en mangeant des glaces artisanales et en regrettant de ne pas avoir nos maillots de bain.

Mais je me suis rattrapée ce week-end, maintenant que les touristes sont partis, on est plus tranquilles.

 



11.08.2009

Chéri, dimanche ... Manche. (seconde sur deux)

J'habite une cabane dans les bois.jpg

 

Après ces dérogations de droit, qui n’ouvrent droit à compensation et ou à paiement majoré que dans la mesure où les conventions collectives et accords le prévoient, nous arrivons alors aux dérogations données temporairement, soit par le maire, soit par le Préfet.

 

La dérogation peut être la plus connue, est celle donnée par le maire, les fameux « 5 dimanches du maire ». Elles sont souvent utilisées les premiers dimanches des périodes de soldes, et ceux précédents les fêtes de fin d’année.

Elle est accordée après avis des différentes organisations syndicales patronales et salariales, et pour l’ensemble des commerces exerçant la même activité que le demandeur.

Le travail durant « un dimanche du maire » donne lieu à un repos compensateur de la même durée et une majoration de salaire, le salaire de ces heures dominicales étant au moins du double que le salaire habituel.

 

Ensuite, le Préfet peut également accorder une dérogation quand le repos simultané du dimanche est préjudiciable au public ou compromet  le bon fonctionnement de l’établissement.

Une demande est formulée par l’établissement, qui doit consulter ses représentants du personnel qui émettent un avis, la demande est instruite par les services de la direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle.

La loi Mallié a ajouté une disposition : des négociations dans les branches des services et du commerce doivent être engagées pour déterminer les contreparties dues aux salariés s’il n’existe pas déjà un accord les prévoyant. Une obligation de faire non assortie d’une obligation de résultats, donc.

 

Puis enfin nous parvenons à ce qui a le plus fait débat avec la loi Mallié : les dispositions relative aux zones soit touristiques, soit d’animation permanente, soit de consommation forcenée …

 

Parlons tout d’abord des communes ou zones touristiques ou thermales, d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente.

Il existe deux sortes de dispositions pour appeler les communes « touristiques » (ou « thermales » etc) : schématiquement, il y a les dispositions du code du tourisme et celles du code du travail.

Avec le code du tourisme, une ville peut être classée station touristique, ou balnéaire, ou thermale etc. La commune doit faire un dossier très compliqué, et la décision de classement parait au Journal Officiel de la République Française.

Pour savoir si une commune est classée station quelque chose, pour l’instant, c’est encore assez simple, il suffit de regarder si elle a un casino – établissement de jeux, pas une épicerie … - sur son territoire, puisque le classement était une condition pour ce type d’établissement.

A titre d’illustration, dans l’Hérault, il y a 13 stations classées. En gros, les villes en bord de mer et les villes de l’arrière pays ayant des établissements thermaux comme Balaruc les Bains par exemple.

Les dispositions « code du travail » permettent d’attribuer le label « touristique » à telle ou telle commune l’ayant demandé au Préfet de région : un dossier est alors constitué par la commune (le nombre d’hébergement et leur qualité, la qualité des eaux, la fréquentation, l’animation etc) et le Préfet détermine les limites et le qualificatif touristique ou thermale, puis fait paraître sa décision dans le Recueil des Actes Administratifs de la Préfecture.

A titre d’illustration, dans l’Hérault, 6 communes ont le « label » touristique.

Même procédure pour les « zones » touristiques d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente.

 

Dans les communes ou les zones ayant obtenu ce « label » par le Préfet, certains types de commerces pouvaient ouvrir le dimanche et partant, employer des salariés.

Il s’agissait des « commerces de vente au détail qui mettaient à disposition du public des biens et des services destinés à faciliter son accueil ou ses activités de détente ou de loisirs d’ordre sportif, récréatif ou culturel. »

De plus, ces commerces avaient le droit d’avoir une dérogation par le Préfet mais encore fallait il qu’ils la demandent auprès de ses services.

Qu’est ce que ça donnait concrètement ?

Sur l’Hérault, on a vu qu’il n’y avait que 6 communes qui avaient le « label » touristique.

Donc déjà, c’est seulement que sur ces 6 communes que certains commerces auraient pu ouvrir s’ils l’avaient demandé.

On peut noter que paradoxalement, certaines communes ayant le classement station touristique, qui est considérablement plus dur à avoir parce que plus exigeant, n’ayant pas le « label » commune touristique, ne pouvaient prétendre à ce que certains de ses commerces ouvrent le dimanche.

Ainsi c’est le cas de Agde, une des plus grandes stations naturistes d’Europe je crois.

De plus, je peux vous assurer que sur les communes ayant tout de même ce label, absolument aucune demande de dérogation n’est faite …

Dans la réalité, sur l’Hérault, tous les commerces des villes du bord de mer, plus ceux de certaines villes très touristiques, ouvrent joyeusement le dimanche en saison.

 

C’est cette disposition du code du travail qui a amené le sketch de notre TGP.

On voit que ses dires sont inexacts : il ne pouvait y avoir un trottoir des Champs où les commerces sont ouverts et celui d’en face où ils sont fermés. En réalité, il y avait sur chaque trottoir des Champs des commerces ouverts et d’autres fermés, en pointillés.

Ce qui dans le fond, est aussi assez absurde.

Cette réglementation avait fait la joie des fondus de droit du travail, et ils se souviennent encore émus, des décisions sur Virgin Méga Store (autorisé à ouvrir), Vuitton (non autorisé à ouvrir) ou Afflelou (non autorisé à ouvrir).

 

La loi Mallié a modifié ce bazar : dorénavant, ces communes et zones, toujours délimitées par le Préfet sur demande du conseil municipal, pourront voir TOUS leurs commerces ouvrir le dimanche, sans distinction suivant leur activité, et ce, de droit, sans avoir à en demander l’autorisation.

Pour l’Hérault, en tout cas, ça ne change strictement rien.

Du coté des contreparties, rien n’est prévu spécialement, il faut se référer aux accords et ou conventions collectives.

 

Enfin, pour le dimanche, la loi Mallié a inventé les PUCE.

Les PUCE sont « les périmètres d’usage de consommation exceptionnelle, caractérisés par des habitudes de consommation dominicale, l’importance de la clientèle concernée et l’éloignement de celle-ci de ce périmètre. »

Il s’agissait de régler les cas comme Plan de Campagne, entre Aix et Marseille, grande zone de consommation massive, au sein desquelles les commerces ouvraient anarchiquement, au mépris de toute réglementation et même sous le coup parfois d’astreintes financières assez lourdes. Ce qui montrait l’intérêt économique pour eux d’ouvrir tout de même.

Une quinzaine de PUCE a donc été recensée par la loi Mallié – autour de Paris avec Thiais notamment, Lille et ses zones frontalières, Marseille Aix etc.

Il est intéressant de noter que les élus de Lyon se sont tellement battus pour que Lyon ne soit pas PUCE que la ville échappe à cet acronyme.

Dans ces zones et dans les futures zones qui peuvent être déterminées par le Préfet de région, tous les commerces peuvent obtenir une dérogation pour ouvrir le dimanche.

En principe, ces dérogations sont accordées au vu d’un accord prévoyant des contreparties …

Si un autre accord ou une convention collective ne prévoit pas déjà quelque chose …

 

Dans l’Hérault, nous n’avons pas de PUCE.

Cependant, nous essayons d’éviter au possible.

Il existe aussi une disposition du code du travail qui fait que le Préfet peut, par arrêté préfectoral et suite à un accord dans la profession, entre les syndicats d’employeurs et de salariés, accord validé par un référendum, (et donc un dispositif très lourd !), interdire l’ouverture dans telle ou telle activité à l’ensemble des commerces de cette activité.

Dans l’Hérault, nous avons eu ainsi trois arrêtés préfectoraux.

Les deux premiers concernaient les magasins de détail en général et le deuxième les boulangeries. Les deux, attaqués par un syndicat patronal, ont été jugés illégaux par des tribunaux …

Nous avons un grand centre commercial qui s’est développé, mélangeant allègrement loisirs et consommation – avec cinémas, patinoire, planétarium, restos, Ikéa … Il s’appelle Odysseum. A Odysseum, il est prévu que la 2e ligne de tramway ait son terminus, en plein milieu du centre commercial.

Afin de préserver une « trêve » entre les marchands de meubles – qui jusque là sont restés fermés le dimanche, bien heureux – avec l’arrivée d’Ikea, un accord a donc été passé puis a été renforcé par un arrêté préfectoral.

Le plus gros commerce d’Odysseum devant rester fermé le dimanche, nous espérons que le centre commercial lui-même ne louchera pas sur la dénomination de PUCE …

 

 

Voilà, c’est ainsi que je pense que la loi Mallié ne va pas changer grand-chose et que les débats auxquels elle a donné lieu n’ont fait que cacher une question de civilisation, osons le mot.

 

ps : les photos illustrant les deux billets sur le dimanche ainsi que l'espadon sans précaution sont des photos que j'ai prises au hasard de mes déambulations. Elles ne sont donc pas libres de droits.

 

Chéri, dimanche ... Manche. (première sur deux)

Le bateau dans le pré.JPG

 

En France, le repos dominical est un sujet sur lequel règnent la mauvaise foi, la méconnaissance d’une réglementation complexe à souhait et surtout, la Lingua Quintae Respublicae dans toute sa splendeur.

Déjà, repos dominical …

Au début des 22 pages de l’édition du Nouveau Code du Travail Annoté consacrées à la question sous le titre repos hebdomadaire, le premier article indique qu’il est interdit de faire travailler un salarié plus de 6 jours par semaine, le 2e indique que le repos a une durée minimale de 24 heures puis enfin, le troisième indique Le Principe : « le repos hebdomadaire est donné le dimanche ».

Après, tous les autres articles énumèrent les dérogations possibles.

 

Notre Très Grand Président a répété à l’envi un running gag à propos du travail du dimanche et de ses courses du dimanche sur les Champs Elysées – running gag que s’est empressé de copier le Grand Fayot Brice :

«Sur les Champs Elysées, ils ont trouvé le moyen de mettre un trottoir en zone touristique et un qui ne l’est pas. Il y a un trottoir où on a le droit d’être ouvert le dimanche et l’autre où ce n’est pas possible. Je vous assure que cela fait drôle quand on vient de l’étranger. On se dit, mais qui c’est celui qui a pensé à ça ?»

 

Après ces déclarations qui semblaient frappées au coin du bon sens pour le quidam, il a été mis en route une loi, dite loi Mallié, qui a fait l’objet de débats passionnés puis a fini par être adoptée par le Sénat le 22 juillet 2009, pour être ensuite consacrée par le Conseil Constitutionnel, excepté un point particulier qui portait sur le pouvoir du maire de Paris.

 

Si les pitreries de notre TGP sont pure propagande et totalement fantaisistes, tant sur le plan de la réalité que du droit, reste que la réglementation sur le travail dominical est inextricable et créée parfois des situations ubuesques.

Cependant, à cet égard, la loi Mallié ne change rien, bien au contraire.

Et à l’analyse, la loi Mallié ne change pas non plus grand-chose à la situation existante des salariés, quoiqu’en disent quelques syndicats et politiques clamant leur attachement au repos dominical.

Sans que la véritable question qui à mon sens se pose, ne vienne en débat national : est ce qu’un jour on va réfléchir sur la façon dont nous vivons et les dispositions à prendre pour quitter la route qui passe sous les fourches caudines de la Consommation ?

 

Donc voilà notre député UMP Mallié qui est à l’origine d’une loi sur le dimanche, pompeusement intitulée « réaffirmant le principe du repos dominical et visant à adapter les dérogations à ce principe dans les communes et zones touristiques et  thermales ainsi que dans certaines grandes agglomérations pour les salariés volontaires ».

On réaffirme et après, on en rajoute une couche pour légaliser voire accentuer les dérogations au principe.

 

Quelles sont les dispositions qui existent à propos du dimanche et qu’est ce que la loi Mallié a changé ?

 

Tout d’abord, afin de réaffirmer, la nouvelle loi a ajouté « dans l’intérêt des salariés » avant « le repos hebdomadaire est donné le dimanche ». Des fois qu’on croit que c’est une ruse pour avantager les patrons.

 

Ensuite, attention, on est parti pour une longue liste de dérogations au principe. Donc peuvent ne pas donner lieu au repos hebdomadaire le dimanche – et hormis les travaux urgents du type mesures de sauvetage :

Une série d’industries et d’activités

-          les industries traitant des matières périssables OU ayant à répondre à un surcroît extraordinaire de travail. Lire l’inventaire à la Prévert de ces industries laisse deviner combien certains groupes de pression ont du être actifs au fil de l’histoire.

Ainsi on a les fabriques de couronnes funéraires, la gainerie, la fabrication de colle et gélatine, l’orfèvrerie …

-          les ports, débarcadères et stations

-          les activités saisonnières

-          les travaux de nettoyage des locaux industriels et de maintenance

-          les travaux intéressant la Défense Nationale

-          les établissements industriels fonctionnant en continu

-          les gardiens et concierges des établissements industriels et commerciaux

 

Peuvent aussi donner le repos hebdomadaire un autre jour que le dimanche, les industries ou activités qui ont des contraintes de production, et ou utilisent des matières susceptibles d’altération rapide, et là suit un tableau de 5 pages dans lequel on trouve par exemple, les industries agro alimentaires, les industries chimiques, du textile, extractives, utilisant des fours, produisant de l’énergie et miracle des cavaliers législatifs, les commerces de gros et de détail nominativement listés, le tourisme, la maintenance etc.

C’est dans la partie « commerce de détail » que figure les magasins d’ameublement.

La dérogation permanente d’ouverture du dimanche pour les magasins de meubles était réclamée à corps et à cris par les gros commerces depuis octobre 2007, suite à des condamnations au tribunal assez régulières. C’est en décembre 2007, à 2 heures du matin, qu’un amendement cavalier déposé par Isabelle Debré, sénatrice UMP, est venu le prévoir, au milieu d’une loi sur le droit de la consommation défendue par Luc Chatel. C’est pourquoi l’on parle maintenant, pour les magasins de meubles, de l’amendement Chatel – et de la faciliter à légiférer tranquillement en pleine nuit – ou amendement ConfoKéa.

 

Les commerces de détail alimentaire – comme votre petite épicerie arabe de nuit ou Carrefour – peut aussi ne donner le repos hebdomadaire du dimanche qu’à partir de 13 heures. Avant la loi Mallié, le texte disait midi, ce qui posait de réels problèmes pratiques quant à l’heure de fermeture, puisqu’en principe, il aurait fallu commencer à ranger pour fermer et partir, vers 11 heures 30, midi moins le quart. Donc dans les faits, l’heure de midi n’était jamais respectée.

 

Enfin, pour ce qui est des dérogations dites « de droit » - cad que l’on peut utiliser sans avoir d’autorisation à demander au Préfet ou au maire – il y a toutes les entreprises qui ont, par accord d’entreprise ou de branche ou par référendum, une organisation du travail qui prévoit du travail en continu, avec constitution d’équipes – on y fait les 3 ou 4 X 8 – ou des équipes de suppléances, qui n’interviennent que le week-end, avec un type de contrat de travail bien particulier.

 

05.08.2009

Chéri, t'as pris tes précautions ?

Espadon sicilien n'ayant pas pris assez de précautions.JPG

 

 

Voilà que tout le monde s’agite à propos du principe de précaution, et quand je dis tout le monde, ça va même au delà de la réacosphère habituelle, pour qui le principe de précaution est une hérésie.

Tout ça à cause d’un ministre qui a cru bon de faire des rodomontades suite à la noyade d’une gamine dans un camp de vacances.

Fait divers qui en l’occurrence n’a aucun rapport avec la choucroute, puisqu’il s’agit de règles existantes et non appliquées, et surtout, d’un risque parfaitement connu – celui de la noyade.

Je ne vais pas revenir ici sur les discours accusant le principe de précaution d’être cause de suppressions des libertés individuelles :

Plus le droit de la tabagie, plus le droit de rouler vite, plus le droit de mettre ma vie en danger, nom de Dieu.

Ce que n’ont pas compris ces chantres des libertés individuelles, c’est qu’on s’en fiche, de leur vie. On veut juste faire aussi ce qu’on veut de la notre.

Beaucoup de nos habiles hâbleurs n’ont pas réfléchi à la définition même du principe de précaution, faut croire.

S’abstenir de faire courir un risque à autrui, dès lors que l’on connaît son existence, même en ne pouvant estimer les probabilités de ce risque, et à partir du moment où il pourrait aboutir à une atteinte grave de l’intégrité physique de quiconque.

Surtout quand quiconque n’a pas les moyens de connaître ce risque.

Surtout quand on sait que ce risque existe.

Et à partir du moment où on ne sait pas l’éviter.

On voit que ça élimine pas mal de règles qui sont des règles de police, au sens comment on fait pour vivre ensemble sur terre.

On connaît comment pallier le risque ? on applique la prévention.

La prévention, ça permet d’éviter la précaution.

Allez, donnons un exemple : monter sur un toit présente un risque de chute de hauteur. Il n’est pas sûr que le couvreur coure ce risque. D’ailleurs, il le dit parfois : « mais je suis jamais tombé ! ».

Qu’importe : l’employeur ne fait pas courir le risque à son salarié, on connaît les moyens de prévention, on met un échafaudage en encorbellement, par exemple.

Est-ce qu’on parle ici du principe de précaution ?

Absolument pas. On parle de prévention.

Dans notre vie, quand le principe de précaution nous a-t-il embêtés ?

Peut être jamais.

En revanche, certains auraient peut être aimé que d’autres soient embêtés par le principe de précaution.

Les 100 000 victimes de l’amiante, par exemple.

La France, pays où Dieu a élu domicile et championne des libertés individuelles a été un des derniers pays à interdire l’amiante.

Pourtant, les dangers de l’amiante étaient connus et signalés depuis le début du siècle.

Les ouvriers de l’amiante, rapportant des fibres d’amiante avec leurs vêtements de travail, ont contaminé aussi leurs familles.

Allons demander aux ouvriers de l’amiante ce qu’ils pensent du principe de précaution.

Dommage d’oublier à qui profite le rejet du principe de précaution.

19.07.2009

Clin d'oeil

Impasse Suzanne.JPG
(prise ce matin, en balade à la sortie de Montpellier)

07.07.2009

Chanson guimauve

pour J.P.

(parce qu'il a demandé, hein)

 


 

 

Nous partagions des jours paisibles

Tu avais pris mon cœur pour cible

Le soleil éclairait nos yeux

La musique était notre Dieu

 

 

Et puis sans tambour ni trompette

T’as pris la poudre d’escampette

Me laissant la tête à l’envers

Me laissant les quatre fers en l’air

 

 

Pars pas, ne t’en vas pas

Je ne suis rien sans toi

Je ne vis plus sans toi

La la la

 

 

Et depuis je hante chacun des lieux

Qui ont vu tous nos jours heureux

Et j’ai le blues le blues le blues

La vie sans toi c’est de la loose

 

 

Pars pas, ne t’en vas pas

Je ne suis rien sans toi

Je ne vis plus sans toi

La la la

 

 

Le chien fait la grève de la faim

Le chat pisse sur le nain d’jardin

Le papier peint tombe en lambeaux

Le lit se transforme en tombeau

 

 

Pars pas, ne t’en vas pas

Je ne suis rien sans toi

Je ne vis plus sans toi

La la la

 

 

Je vais me mettre la tête dans l’four

Squatter le milieu d’un carrefour

Me saouler de vitamines C

Et exploser en plein marché

(Comme ça tu verras)

 

 

Pars pas, ne t’en vas pas

Je ne suis rien sans toi

Je ne vis plus sans toi

La la la

Pars pas, ne t’en vas pas

Je ne suis rien sans toi

Je ne vis plus sans toi

La la la

 

29.01.2009

Me cherchez pas

a partir du 1ier mai 1906.jpg
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le meeting du 9 juin à Montpellier.jpg
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22.01.2009

les célébrités qui ont partagé ma vie

 

Mtislav, qui a partagé sa boite aux lettres avec Charlotte  Rampling, me demande, sous peine de malheurs arrivant sur moi pendant 7 générations comme perdre la deuxième chaussette dans le lave-linge, marcher dans des fientes canines du pied gauche ou être atteint d’aérophagie au moindre chewing gum prémaché, de narrer une rencontre avec une célébrité.

Dussé-je dévoiler un pan de ma vie privée, je peux raconter comment des célébrités ont vécu avec moi.

Cependant, afin de respecter leur intimité, je nommerai ces célébrités par des initiales.

 

La première célébrité qui a partagé ma vie était un militant politique.

Appelons le JC.

Il n’était pas facile à vivre.

Tout d’abord, il avait un truc avec ses pieds. Il refusait de porter des chaussures, et je devais constamment passer derrière lui pour nettoyer les sols. Il allait même voir des prostituées pour qu’elles lui lavent les pieds, parfois avec leurs cheveux. Il me disait « si tu n’avais pas les cheveux si courts aussi».

Son look aussi pouvait poser problème, dans certaines circonstances. Ah ça ! il ne voyait pas souvent le coiffeur ou le barbier !

Mais son principal défaut était tout de même la pingrerie. «Femme » disait il, parce qu’il savait être un peu grandiloquent parfois, « femme, nul besoin de dépenser tant de deniers » - il avait du mal à s’adapter au système monétaire – « pour quérir du pain ». « Surtout qu’au boulanger du coin, il est particulièrement dégueulasse » ajoutait il souvent, car il ne manquait pas de pragmatisme.

Il faut reconnaître que nous en avions en quantité suffisante, cependant, je ne sais pas du tout comment il arrivait à les multiplier.

« Femme, suis l’exemple de ma mère » me conseillait il.

Il avait une adoration forcenée pour sa mère, même s’il l’envoyait promener parfois sèchement. « Mère, laisse-moi accomplir mon destin » lui disait-il lorsque qu’elle s’inquiétait de ce que ses copains n’étaient peut être pas si fiables que ça. Vous savez, comme sont ces mères là. Elle le regardait avec des yeux énamourés, et me confiait « Déjà tout petit, il s’échappait et on le retrouvait à faire la leçon aux adultes, et surtout, déjà, aux commerçants ». Il avait gardé cette idée fixe d’ailleurs, et vitupérait souvent contre l’ouverture dominicale.

Au fur et à mesure du temps, c’est devenu impossible entre nous, il travaillait vraiment trop.

Et que je vais voir un paralytique par ci, et que je vais à des noces par là, et que j’escalade des montagnes pour aller faire des discours, et que je monte un syndicat pour défendre les pêcheurs, toujours à droite et à gauche. Il aurait du monter une agence de voyages.

J’ai donc envisagé une séparation que je lui ai présentée comme provisoire. Je lui ai dit « Encore un peu, et vous ne m’aurez plus sous les yeux, toi et tes copains, et puis encore un peu, et vous me verrez » et je lui ai aussi dit « je te donne ma paix ».

Il a très bien pris la chose et c’est ainsi que nos chemins se sont éloignés.

En fait, peu de temps après, il est mort prématurément. Je crois qu’il a eu des ennuis judiciaires, dans lesquels plusieurs de ses copains étaient plus ou moins impliqués, il a été condamné, et je n’ai plus eu de nouvelle.

Comme quoi, les mères ont toujours raison.

 

Après, pour changer radicalement de type d’homme, j’ai vécu avec un sportif.

Appelons le P.

Il n’était pas facile à vivre.

C’était un homme pas très beau, mais avec un corps d’athlète, qu’il entretenait avec force exercices de musculation. J’avais du mal à concevoir qu’un homme aussi sportif fume autant la pipe.

Contrairement à JC, il fallait acheter de grosses quantités de nourriture, il avait très souvent faim, pour un peu, il aurait mangé des boites de conserve.

Et aussi, il était très bagarreur. En particulier, il se battait régulièrement contre un type que nous allons appeler B. Après, il rentrait le soir dépenaillé et se vantait « T’vois poupée » car il avait un langage assez familier, on aurait dit un marin dans la rade de Brest « T’vois poupée, j’ai encore eu le d’sus ! », disait il en produisant un grand nuage de fumée.

C’était un homme qui n’avait pas conscience de sa force. Tant et si bien qu’il cassait tout ce qu’il manipulait : les portes étaient sorties de leurs gonds, les couverts étaient tous aussi tordus qu’après une démonstration de Uri Geller, nous avions plusieurs procès sur le dos pour broyage de phalanges et pour écrasement involontaire d’animaux domestiques sous une main censée caresser.

Notez que par honnêteté, il me faut avouer que cela n’avait pas que des inconvénients.

Tout d’abord, et tout en vous confessant cela, je ne peux m’empêcher de rougir, au lit, c’était un champion, mon P. Je me sentais une toute petite chose entre ses bras et il m’a toujours fait beaucoup d’effets.

Ensuite, comme garde du corps, il se posait là.

Par exemple, j’avais des ennuis avec la voisine du dessus, qui tout d’abord déambulait dans son appartement avec des talons aiguilles au lieu de s’équiper de charentaises – et alors que je lui avais vanté mes propres charentaises qui en étaient à leur cinquième année d’usage sans un avachissement démesuré. Ensuite, son môme horrible, appelons le M., braillait tant et plus et cette voisine ne faisait rien pour réduire ses nuisances sonores. Alors quand elle a mis à sécher ses draps au dessus de mon balcon, en les laissant goutter et m’obstruant la vue sur le jardin intérieur de la copropriété, j’ai pris des ciseaux et coupé tout ce qui était à ma portée, lui signifiant ainsi que j’entendais ne pas laisser envahir mon espace vital par son linge de maison, dégoulinant de surcroit.

Bien sûr, elle a cru bon de venir faire sa fière et de tambouriner à ma porte d’entrée en vociférant, puis elle est remontée chez elle et est revenue cogner cette fois avec marteau. C’est là que mon P. est intervenu avec son autorité naturelle. Ah, elle a été tout de suite calmée !!

Cependant, il fallut bien constater qu’une entente torride au lit ne suffisait pas à faire durer notre couple, à mon P. et moi. Je lui ai donc expliqué gentiment mais fermement qu’il serait mieux pour lui et moi, pour nous, qu’il prenne des distances, en lui présentant cela comme une séparation provisoire, selon une tactique éprouvée.

Je reconnais qu’il a été très conciliant, et il est parti quasiment du jour au lendemain.

C’est d’ailleurs à peu près à cette époque que la voisine du dessus a déménagé, et il était temps, je ne supportais plus du tout cette Olive et son gamin capricieux.

Comme quoi, un bonheur n’arrive jamais seul.

 

Ensuite, c’est tout naturellement que j’ai refait ma vie avec un homme de paroles, un médecin psychiatre.

Appelons le L.

Il n’était pas facile à vivre.

Il avait un caractère tyrannique et obstiné et était fâché avec tout le monde ou presque.

Ainsi nous vivions en froid avec son frère, dont il critiquait la ferveur religieuse, avec ses collègues, qui l’accusaient de trahison – trahison de quoi, je ne saurais vous le dire – et avec une bonne partie de notre entourage qui ne le comprenait pas, surtout la concierge espagnole.

J’avoue que moi-même j’avais parfois du mal à le comprendre. « Ton inconscient parle pour toi » me disait-il. Il était souvent sentencieux et lorsque je l’accusais d’être péremptoire, il me répondait « Père certes, mais pourquoi en ptoire ? ». Allez comprendre un homme pareil vous.

Pour la nourriture, il n’était pas difficile. Mais lorsque j’essayais de faire des repas diététiques et tentais de lui expliquer que les cacahouètes ne sont pas très bonnes pour la santé – pourquoi il absorbait tant de cacahouètes, ne me demandez pas – il me regardait par-dessus ses lunettes et me disait « Ne te préoccupes donc pas tant de l’aube hésitée ».

Il avait une manie et couvrait les murs de miroirs. Je crois qu’il avait eu un problème étant petit dans un stade avec un miroir, mais je n’ai jamais osé lui demander. C’est qu’il m’impressionnait un peu mon L.

Il donnait des conférences à la faculté et un jour, j’ai décidé d’aller y assister, mais je ne lui ai pas dit. Et bien m’en a pris car j’ai trouvé ça encore moins passionnant qu’un spectacle de flamenco.

Puis il a commencé à avoir vraiment beaucoup d’ennuis professionnels. Il semble qu’il ne respectait pas les normes, les règles de l’art, si vous préférez. En particulier, il ne recevait pas assez longtemps les patients en consultation. Un jour, une patiente lui a fait un procès, car venue le voir pour lui dire qu’elle vivait dans un désordre pathologique et se sentait très mal, il l’avait renvoyée au bout de deux minutes, en lui donnant pour mission de réfléchir à la façon de mettre des aiguillages et du triage dans son moi é-garé. Il lui avait aussi demandé de payer une consultation entière. Il a eu beau m’expliquer qu’il était « impératif qu’inconsciemment, elle paye le billet du voyage », j’étais secrètement pleine d’indulgence pour cette femme.

A la fin de notre vie commune, L. avait un comportement de plus en plus bizarre avec moi.

Par exemple, si je débarrassais mon assiette dans l’évier, quand j’avais de nouveau le dos tourné, il se dépêchait de mettre la sienne à ma place. C’était très perturbant, je ne savais plus ce que j’avais fait ou pas. Il me disait que c’était pour tester mon « présentiel immédiat », ou quelque chose comme ça.

Je n’en pouvais vraiment plus, alors, comme il était impossible de lui expliquer quoique ce soit, c’est moi qui suis partie vivre ailleurs.

Comme quoi, le langage du conscient, c’est aussi indispensable, moi je dis.

 

Après tout ça, j’ai comme une fatigue sentimentale.

Je vis avec mes deux chats et ils ne sont pas difficiles à vivre.

Comme ils sont aussi des célébrités, un peintre ayant même déjà fait leur portrait, je ne révèlerais pas ici leur nom, pour préserver leur vie privée.

Depuis quelques temps, j’apprécie bien les échanges sur Nietzsche et sur la chute de l’empire romain que j’ai avec mon boucher, qui de plus est un homme très sexy, avec son petit tablier blanc.

Mais comme il n’est pas une célébrité, je ne vais pas vous en parler ici.

Et puis, manger trop de protéines, je ne sais pas si c’est recommandé et en outre, je ne suis pas certaine que c’est facile à vivre, un boucher.

 

 

 

21.12.2008

De l'inculture comme une oeuvre d'art

Saint Jérome - Van Eyck.jpg

Evidemment, défnir les frontières de l'inculture est infiniment impossible et l'on pourrait y passer au delà de sa vie. Ses jours, ses nuits, en Saint Jérôme au lion, courant halluciné, et là, ça, je ne sais pas, et là, mon Dieu, le coeur étreint par cette chanson bétasse de Gabin, je sais que je ne sais pas. Au pied le lion puisque je te dis que ça n'est pas la peine, reposons la plume et renonçons même à avouer l'errance, le vertige immense, et zut pour cette question idiote.

Et puis en définitive être inculte, même peu, si peu, mettons, permet d'avoir tout à découvrir.

Et toc.

Au collège où je faisais partie du club théâtre, j'ai joué Scapin dans ses fourberies. Il y avait aussi "Le petit Prince" et j'étais amoureuse du Renard.

En juin, je vais assez assidument au Printemps des Comédiens, c'est dans un amphithéâtre en plein air, on est assis sur des bancs en bois dur, et parfois, des échardes traversent le tissu léger des vêtements. On arrive avec nos couvertures parce que pour rester trois heures immobile, c'est nécessaire.

Certains apportent des coussins fessiers, c'est malin. Je n'ose pas encore, c'est comme hésiter à prendre un petit pliant pour la plage ou à porter des sous vêtements Damart, je résiste à l'abandon de la jeunesse triomphante, indolore et insouciante des désagréments dus aux échardes de bois, aux grains de sable sournois ou aux courants d'air délétères.

L'été dernier, j'ai vu Michel Bouquet dans l'Avare. Il était malade, et nous passions d'une fesse impatiente à l'autre discrètement, attendant avec anxiété de savoir si le spectacle allait être annulé ou non. Et il est arrivé, il était un avare pathétique, touchant et plaintif, on pensait qu'il était avare de sa vie qui fuyait. Presque on avait envie de lui dire non mais prends la, ta cassette, retourne te coucher sur ce lit d'un blanc de deuil qui trône sur la scène, tu vas attraper mal Papy. Ca ne vaut pas le coup de te mettre dans des états pareils, allez, je te fais une tisane. C'est dire le degré d'empathie.

Quelques temps après, Béjart est passé au festival Montpellier Danse, où il avait été acclamé pendant un quart d'heure, par une foule au garde à vous, soutenu au bord de la scène par un danseur à chacun de ses cotés, une foule en dévotion totale.

Pareil pour Michel Bouquet, une admiration, une chaleur sans borne.

Je n'en aurais jamais fini avec le cinéma. Tu es là, tu t'installes, le noir se fait, et ce qui se passe devant toi t'envoies dans une autre dimension.

Ce qui fait que mon inculture au cinéma est à la hauteur de mon amour pour lui.

Certains films m'ont tellement marquée à vie qu'il ont modifié ma chimie corporelle.

Parfois, tu es là, dans le film, cette femme, c'est ta soeur, ce paysage, ton paradis perdu, cette sensation est déjà une drogue dont tu es en manque, cette musique grave des sillons dans les circonvolutions de ton cerveau reptilien.

Le film finit, la lumière t'agresse et tu subis une perte irrémédiable.

Mais c'est ainsi que tu peux avoir plusieurs vies.

Quant aux livres, c'est du cinéma raconté, celui dont tu es l'unique et éphémère réalisateur.

La même étendue d'in-culture, les mêmes possibles infinis.

Pour ce qui est de la géographie, je peux dire que j'ai plusieurs fois visité le 7e ciel, mais je suis infichue de situer les six autres.

Pour ce qui est des maths, il y a les équations. Mais à quoi ça sert les équations, des formules magiques que des garçons à lunettes se promettent de transmettre dès leur plus jeune âge pour compenser leur solitude sociale.

Hier, j'ai mangé de la salade de méduse, qui n'était pas si translucide que ça, et je n'ai repéré aucune ventouse de patte.

Comme quoi on peut en découvrir tous les jours.

Néanmoins, je ne suis pas intriguées par les vers blancs de Koh Lanta, pulpeux et élastiques, et même si un jour j'arrivais à dominer mes relations avec l'eau - je suppose que je pourrais m'entrainer déjà en ne suffoquant plus sous la fine pluie des brumisateurs d'eau d'Evian - non vraiment, je ne rendrais aucun service à mon équipe avec ces histoires de vers blancs.

Pour le vin, je fais confiance à Nicolas.

Aujourd'hui, chez Nicolas, j'ai vu un client acheter du Clos de l'Olivier, un Bordeaux, parce qu'il allait à un repas d'anniversaire chez un Olivier.

Il y avait du monde dans l'échoppe, et pendant que le vendeur assurait que le Clos de l'Olivier allait très bien aller et que le nombre de clients devenait critique, je papotais avec le père du vendeur, venu aider pour les vacances. Il m'a dit ah moi aussi je suis de l'Hérault, je suis de Béziers, C'était un charmant vieux monsieur, on sentait qu'il faisait tout ce qu'il pouvait pour être agréable, presque on avait envie de l'emporter.

Si je devais reprendre des cours, apprendre de la Culture, ça serait en histoire et en géographie, mais aussi, j'irais aux Beaux Arts du 3e Age, si ça existait.

J'adorerais savoir quelle artiste était en devenir en moi, cachée, mais toujours vivante.

 

05.11.2008

La fête à la Grenouille

grenouille aux lentilles.jpg

 

Il pleut et ça ne va jamais s’arrêter.

Il pleut implacablement, sans désemparer.

Toujours au même rythme, sans variation, sans répit.

Il pleut tellement tout le temps que c’est devenu un mode de vie.

 

Nous prévoyons un roulement de séchage. Les conseillères en économie sociale et familiale apprennent ça, aux familles. Faire des roulements de séchage.

« Mieux vaut avoir trois paires de chaussures pour le roulement de séchage que deux qui n’auront pas le temps de sécher »  est une base des conseils.

Les couloirs et les halls d’entrée sont des séchoirs adéquats.

Le matin il faut fermer les ouvertures avant de partir.

Des trucs comme ça.

 

Les chats  ne regardent plus par la fenêtre.

Ils marchent sans crainte sur le rebord de la baignoire.

Qu’importe un dérapage vers le fond, l’humidité est là.

Il pleut en suspension dans l’air, ils croient.

 

La nuit la pluie tamtam.

De nombreuses insomnies ont trouvé solution.

Les marchands de boules Quies ont fait faillite.

 

La pluie s’immisce dans les interstices.

Entre les vitres et les portières de voiture.

Il pousse des champignons longs et blancs ou marron et râblés sur la moquette de la place du mort.

Nous faisons essuie glace intérieur pour effacer la buée.

Les stations de séchage Eléphant Bleu ont fait fortune.

 

Nos cheveux frisent et notre teint est frais et aussi pur que la rosée.

Nous prenons des attitudes de porcelaine anglaise.

Nos mains glissent l’une dans l’autre.

Sur le bout de ton nez, une perle brille, mon amour.

 

Nous assortissons nos parapluies à nos tenues.

Certains ont pour métier « tuning d’équipement de milieu humide ».

En ce moment, le décor le plus en vogue sur les bottes en caoutchouc, c’est les étoiles américaines, pour cause d’Obama.

 

Certains en profitent pour ne pas aller travailler.

Je peux pas, j’ai une rivière qui passe en bas de chez moi, ils disent.

Les patrons contre offensivent en demandant un certificat des services de la voirie municipale.

Il faut déjà 3 mois et 4 jours pour en avoir un,  et ça ne va pas s’arranger.

Frauder au certificat de la voierie est une cause réelle et sérieuse de licenciement.

 

D’autres développent d’étranges maladies.

C’est pas une maladie d’origine professionnelle, disent les patrons.

C’est pas une maladie psychosomatique, disent les médecins. Ceux de gauche.

Avec leurs bombes ils ont détraqué le temps, disent les vieilles. Et aussi un peu les vieux.

En attendant, tu ne peux plus avoir de larmes.

Tu ne transpires plus.

Ta toux est sèche.

Les marchands de mouchoirs en papier, de déodorants, de sirop pour toux grasses et d’eau en bouteille font faillite.

 

C’est tabou de parler des destinations sous les tropiques, du bronzage, de piscine en plein air et d’érythème solaire.

Les marchands de voyages ont fait fortune.

Les marchands de piscine ont fait faillite.

 

La petite capuche en plastique transparent qu’on met sur la tête est revenue à la mode et Rachida en porte de chez Dior, avec un décor de balances. Carlita porte des cirés bretons mais bleus pour cause d’Obama.

 

Parfois on s’en fout alors on va au bord de la mer, et il n’y a plus de frontière, entre la terre, la mer et le ciel, on redevient cœurs liquides et âmes paisibles, et parfois on se couche, l’un contre l’autre en cuillère, sur le sable dur et froid, et on n’est plus rien, que des rescapés de l’Arche de Noé.

 

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