24.08.2009
Adieu François, adieu
François Roudot est mort à La Rochelle, pendant ses vacances, d'une tumeur cérébrale foudroyante.
Pour ses amis de forums, et pour les Lentilles en particulier, c'est un grand chagrin.
François, c'était la douceur, une grande culture, une grande intégrité.
Il laisse totalement désemparés, sa compagne, France, et leurs deux jeunes enfants.
Je pense à eux, et aimerai pouvoir les réconforter.
Vraiment, François, tu vas beaucoup nous manquer.
14:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
19.08.2009
Roman d'été - Humeurs (2)
Force est de constater que j’étais dans une période de ma vie assez désertique en émotions.
Le seul avantage du bureau était la climatisation, les hommes étaient devenus des créatures à mi chemin entre le mollusque et l’extra terrestre et mes plus grandes conversations se déroulaient avec mon épicier et mon coiffeur.
Au début que j’avais aménagé dans le quartier, je n’aimais pas mon épicier, qui incarnait la figure même de l’Epicier, petit, en blouse blanche et moustache suspicieuse, à vanter son poulet rôti du jeudi et pousser à la consommation et à refuser la vente d’un paquet de kleenex sur le pack de 13 (douze plus un gratuit) sous prétexte qu’on ne dépare pas les lots, chez Casino.
Quant ils ont refait la place pour implanter des dalles carrelées, une fontaine à un bout, un palmier à l’autre, des bancs en rond et un rond point autour, il est passé du coté fontaine au coté palmier, en multipliant sa surface de vente par au moins trois.
Sur la façade de sa boutique, il y avait des miroirs sans tain, très impressionnants, et je passais toujours de l’autre coté de la place pour ne pas surprendre mon image, avec la désagréable impression d’être épiée par sa femme qui j’étais sûre, notait les clients potentiels refusant d’augmenter leur train de vie, ou pire, par un client libidineux faisant semblant d’hésiter entre deux canettes de bière – le rayon boisson étant situé juste derrière la façade sournoise.
Ca m’évitait aussi de lire la littérature épicière comminatoire et déprimante, affichée au feutre noir sur des feuillets A4 scotchée sur une porte d’entrée qui s’ouvre dès qu’on la regarde : « pas de paiement par chèque », « paiement par carte à partir de 10 euros », « vous êtes priés de montrer vos sacs à la caisse », « dépôt de pain frais » et autre « rollers et cigarettes interdits ».
Seule l’affiche « jeudi poisson frais » me plaisait, parce qu’on peut se lasser du poulet rôti.
J’avais l’impression qu’avec ce déménagement, à quarante ans passés, il s’était épanoui. Il ne portait plus de blouse blanche, avait une boucle d’oreille dorée à l’oreille gauche, sa femme exhibait des robes moulantes rouges – et Dieu sait qu’elle était bien faite – et j’aurais presque parié sur la présence d’un tatouage une de ses omoplates à lui et d’un piercing à son nombril à elle.
Autre avantage du magasin rénové, en plus du poisson frais et du dépôt de pain, il y avait la clim.
Bref au fur et à mesure, j’avais noué des contacts réguliers et affables avec le couple, qui avait pris l’habitude de me faire une critique gastronomique des produits que j’achetais, et pour varier les plaisirs, j’essayais de diversifier mes courses.
Bien sûr, assez rapidement, on avait fait le tour du poisson du jeudi : brandade de morue, crevettes au curry, dos de morue dessalée, sardines marinées, filets de colin. Chaque vendredi, je venais donner mes impressions, pendant qu’ils me décrivaient leur repas.
C’est comme ça que parfois, je me suis mis à manger exactement les mêmes repas que mon épicier, qui me suivait dans les rayons en me conseillant tel ou tel autre ingrédient, surtout les produits Casino, qu’il connaissait tous, me mettant dans le panier d’autorité des courses que je finissais par emporter, me vantant des mélanges exotiques du genre la salade de feuilles de chêne et la roquette, qui se complètent si bien.
Pendant ce temps là, sa femme postée à la caisse, surveillait d’un œil dur les rayons sur l’écran fixé en hauteur au dessus de la balance.
Je l’avais toujours trouvée moins aimable que son mari.
Néanmoins, sa surveillance était justifiée, ils me l’avaient expliqué.
Depuis quelques temps, ils avaient des voleurs d’Actimel.
Ce qui était gênant, c’est que le voleur prenait toujours une bouteille et du coup, le pack était invendable.
Ils avaient fini par repérer le voleur en question et il n’osait plus revenir, mais il avait envoyé un de ses copains !
Finalement, ils avaient fini par entourer les packs d’Actimel de scotch, et c’est ainsi qu’on voit que la problématique du pack occupe beaucoup l’esprit des épiciers.
Mes relations avec le couple de coiffeur avaient une composante plus mondaine.
Lui s’appelle Arnaud et il a appelé le salon Arno’s, Coach en Image.
De taille moyenne, une coupe de cheveux à l’anglaise avec des cheveux plus longs derrière, le teint un peu rougeaud, doux et maniéré, il est idolâtré par sa femme, qui est petite, assez forte, avec une coupe très stricte dont la couleur change régulièrement entre le roux conquérant et le blond secrétaire de direction.
Il y a aussi un chien blanc, qui s’appelle Ulysse, et qui vient s’étaler sur les pieds de tout nouvel arrivant, puis repart d’un air blasé dans une niche en tissu.
Ils ont aménagé leur salon avec des immenses miroirs dont le cadre est en miroir aussi, chacun d’entre eux doit peser 150 kilos, ils ont posé des peintures abstraites dans les tons roses, oranges et mauves, et devant les bacs, dans des fauteuils sur lesquels on peut allonger les jambes en manipulant une manette latérale, on peut regarder un immense écran plat qui diffuse en boucle des clips musicaux.
Les premières fois, j’apportais le Canard Enchainé et Télérama à lire, mais j’ai vu à leur regard réprobateur qu’il valait mieux accepter leurs revues. Depuis j’apporte un livre mais j’ai du mal à avancer, entre la télé, les brushings et leurs bavardages.
Elle me dit : oh c’est Patrick Bruel, je suis allée le voir à la Grande Motte il y a deux soirs. J’ai passé une soirée formidable. Qu’est ce qu’il est bien !! Ca lui va bien sa chemise bleue !!
Je place un laconique Oui c’est le gendre idéal, mais je me rends compte que ça n’est pas la bonne réplique, car non, Il joue au poker, Il est malade un peu quand même avec la vie qu’il mène et tout ça.
Après, elle dit : au début qu’il est arrivé sur scène, l’autre soir, j’ai trouvé un moment qu’il ressemblait à mon mari !!
Je le regarde, il a l’air habitué, je ne ris pas, il se concentre sur le mélange pour les couleurs.
Il n’y a que lui qui coiffe, parfois, elle demande si elle peut s’occuper de faire émulsionner, ou elle propose de poser les mèches, et lui ne veut pas, elle dit : mais je sais quand même. Il ne lui accorde juste que de tenir une mèche ou deux quand il glisse le peigne enduit de mousse blanche.
Après elle dit : on a un artiste avec nous, c’est moi qui vous le dis, un grand artiste.
Un jour que j’y étais, le disjoncteur a sauté, il est allé voir et s’est écrié, han ça a pris feu, puis je vais chercher de l’eau pendant que je hurlais mais noooooon c’est un feu électrique, alors il a saisi des serviettes éponge. Elle appelait les pompiers, qui ont dit qu’ils arrivaient.
Les pompiers ont envoyé un monsieur de l’EDF, un grand noir qui avait une lampe torche très puissante, et qui s’est mis à changer le compteur.
Puis les pompiers sont arrivés, avec un immense camion, ils avaient des casques brillants sur la tête, ils ont tous défilé pour aller voir le disjoncteur, et ils s’arrêtaient tous devant moi, j’avais des rangées de coton entre des mèches châtain et d’autres peintes en blanc, ça me donnait un coté pièce montée, et je gardais un air digne, enveloppée dans une grande cape noire.
Ca n’est pas facile de garder un air digne devant des pompiers hilares qui éclairent votre tête ornée de grands bouts de coton, je peux vous le dire.
Ils sont remontés dans leur camion rouge, l’électricien finissait de changer le compteur pendant qu’Arnaud était dans son dos en train d’essayer de toucher à tout, il a fini par lui dire que chacun son métier. Du coup Arnaud s’est rappelé de ma présence, et à demander à l’électricien d’éclairer ma tête pour voir l’état d’avancement des mèches.
Puis la lumière est revenue, l’électricien est reparti, Arnaud épuisé à rincé mes mèches, pendant que sa femme s’étalait sur un fauteuil, en répétant j’ai eu peur mon Dieu que j’ai eu peur.
Après ça, je suis sortie vers 22 heures, non sans avoir commenté l’incident longuement avec le pizzaïolo d’à coté, qui avait vu sa soirée s’animer plaisamment.
Il fallait que je fasse quelque chose pour être contente de ma vie.
J’envisageais d’écrire un roman mathématique, d’apprendre à maitriser la lévitation ou de dénoncer un scandale international.
Je décidai d’entamer un régime hypocalorique, de faire du vélo et de la natation, et de m’inscrire sur Meetic.
18:52 Publié dans Roman d'été | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
13.08.2009
Roman d'été - Humeurs (1)
Vous êtes tous les mêmes.
Vous avez soif d’éternité et dès le premier baiser vous êtes verts d’épouvante
parce que vous sentez obscurément que cela ne pourra pas durer.
Jean Anouilh
Ca n’est quand même pas tant une saison paradisiaque que ça.
Tous les insectes du monde se donnent rendez vous, les papillons de nuit et mites alimentaires, les moucherons ivres et les moustiques femelles, les punaises des bois expatriées, les grillons noctambules et les sauterelles suicidaires.
Et hop, j’idolâtre tellement la lumière que je me plonge dans l’halogène, et ça fait des gros pchhtt et ça fait des gros pchhtt.
Sans parler des chauves souris surmenées qui passent en rase motte dans une chasse hystérique.
On passe son temps à agiter la main mollement, à se taper sur le mollet, à envisager le masque de plongée à vélo, et à prendre un air aussi zen qu’un vieux cheval sur le retour d’existence, abonné aux vicissitudes de la vie en général et aux mouches en particulier.
Avec la chance que j’ai, je peux tomber sur une chauve souris en panne de radar, aussi.
Un été, je fréquentais un Homme qui tous les matins, faisait devant les clips musicaux, une heure de gymnastique, puis 30 à 40 kilomètres à vélo avant d’aller au bureau.
J’avais une espèce de fascination pour cette discipline et cette énergie, un peu comme le singe devant le monolithe de 2001 l’Odyssée de l’Espace, c'est-à-dire complètement hermétique, en même temps que désirante.
Sachant que c’était bien et sachant que ça me dépassait.
Ceci dit, ça ne l’empêchait pas de s’énerver au quart de tour dès qu’un autre mâle se pointait dans les parages pour faire mine de le doubler.
Cet Homme ne supportait pas d’être doublé.
A vélo, il se mettait à pédaler furieusement. C’est la seule personne que j’ai connue qui a cassé un vélo. En deux.
Depuis il a un casque.
En voiture, une fois, nous nous sommes retrouvés au milieu d’un énorme rond-point très circulant, pour éviter la voiture sur la droite, qui avait juste l’air de vouloir nous doubler, mais en allant assez tout droit.
Ca fait bizarre de se retrouver au milieu d’un rond point très passant en voiture, je peux vous le dire, et c’est très difficile d’en sortir avec décontraction.
Tout cela refroidissait peu à peu ma fascination monolithique.
J’habitais alors dans appartement qui était entouré d’un balcon terrasse d’où on pouvait voir Palavas et la mer par temps hors brume.
Mais il n’était pas question d’y déjeuner à cause des guêpes, bien sûr.
Un jour que nous préparions des artichauts, l’Homme et moi – c’était notre période artichauts – il a trouvé sur une chaise du balcon une chauve souris morte, calcinée, desséchée, abandonnée là comme un présage noir.
Il avait l’air très choqué, dégoûté, il a saisi la bête je ne sais plus comment pour la jeter par-dessus le balcon. Puis il m’a soutenu que ça devait être un voisin ou une voisine qui m’avait jeté un mauvais sort.
Comme nous étions au cinquième et dernier étage, je ne voyais pas comment un voisin pouvait m’en vouloir au point de me balancer d’en dessous, une chauve souris morte, sans compter le mystère de sa calcination et le fait qu’il fallait tout de même pas mal de dextérité.
A ma connaissance, je n’avais rien fait aux voisins.
Toujours est il qu’après ça, il ne m’a plus considérée comme avant, avec autant de désir je veux dire, ce qui a mis fin à notre relation d’amants, ainsi qu’à nos agapes d’artichauts.
La chaleur s’abat sur tout être humain qui s’aventure dehors, du coup il ramollit et devient une imitation interne de Chamallow, se retrouve en quelques secondes luisant de toutes les pores de sa peau, faisant resurgir une acné qu’on aurait pu croire passée depuis belle lurette.
Sans parler de ceux qui veulent tout de même qu’on leur fasse la bise.
Heureusement, les risques de grippe cochonne limitent les effusions.
Les gens perdent le sens du quant à soi avec celui de la dignité vestimentaire.
Il fait chaud hein qu’ils disent, en exhibant des mollets poilus, des fronts humides, des aisselles suspectes, des pieds poisseux dans des tongs avachies, des soutiens gorges dépassant des débardeurs, des bermudas flottants, aussi sexys que Robert Bidochon et Mireille Mathieu réunis.
Faudrait prendre des couleurs, qu’ils disent, alors que leurs coups de soleil irradient encore d’UVA et d’UVB, alors qu’ils pointent d’un regard critique ma peau claire, alors qu’ils pèlent déjà et exhalent la crème solaire bon marché.
Ah mais non, le soleil, c’est cancérogène, je glisse perfidement pour jeter un blanc, juste histoire de refroidir l’atmosphère.
Parfois aussi je dis, le soleil est un CMR, cancérogène mutagène reprotoxique, mais pour ceux qui comprennent l’acronymie, sinon, ça perd de son charme.
Les cigognes ne repartent plus, provoquant des foules touristiques bêtifiant le nez en l’air, puis sur la télé, qui montre le film pris par la caméra placée sur leur nid, juché sur le sommet d’un poteau, On Voit Les Bébés.
Les mouettes ont envahi le quartier.
Ils ont changé la décharge de place, c’est pour ça, m’a dit une amie artiste, artiste au point de ne pas réfléchir à la rationalité, mais j’ai opiné sans chercher à comprendre – la décharge ? – mettant cette déclaration sur le compte de la longue liste de ses croyances, avec le boycott du gluten, le pain Epeautre, et les tu devrais aller voir quelqu’un – pour maigrir, pour dormir, pour vivre – et aussi, l’Argent Ne Fait Pas le Bonheur.
Les mouettes arrivent en s’engueulant, elles crient comme des mégères shootées au Red Bull, elles hurlent, peut être elles se demandent où est passée la décharge, va savoir.
Parfois leurs cris perçants réveillent la nuit, quand on est parvenu à s’endormir enfin, sur la moiteur du matelas, reniant les couettes, les chaussettes et les pyjamas jusqu’à la fin des temps, reniant même le drap roulé en boule au pied du lit, le nez bouché par la sécheresse, la bouche amère, on s’éveille en sursaut mais qu’est ce qui se passe, ah oui, ce sont elles.
Voilà l’état de l’été.
J’avais des préoccupations, je voulais tout traduire en logarithmes ou en exponentielles, je voulais trouver un esprit frère, je voulais déterminer ce que je ferai avant ma mort – par exemple, si j’achète cette valise, peut être ça sera la dernière jusqu’à ma mort – je voulais séparer le virtuel de la Réalité, mais vraiment.
Et puis, je les ai rencontrés.
Tous les deux.
16:44 Publié dans Roman d'été | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
11.08.2009
Chéri, dimanche ... Manche. (seconde sur deux)
Après ces dérogations de droit, qui n’ouvrent droit à compensation et ou à paiement majoré que dans la mesure où les conventions collectives et accords le prévoient, nous arrivons alors aux dérogations données temporairement, soit par le maire, soit par le Préfet.
La dérogation peut être la plus connue, est celle donnée par le maire, les fameux « 5 dimanches du maire ». Elles sont souvent utilisées les premiers dimanches des périodes de soldes, et ceux précédents les fêtes de fin d’année.
Elle est accordée après avis des différentes organisations syndicales patronales et salariales, et pour l’ensemble des commerces exerçant la même activité que le demandeur.
Le travail durant « un dimanche du maire » donne lieu à un repos compensateur de la même durée et une majoration de salaire, le salaire de ces heures dominicales étant au moins du double que le salaire habituel.
Ensuite, le Préfet peut également accorder une dérogation quand le repos simultané du dimanche est préjudiciable au public ou compromet le bon fonctionnement de l’établissement.
Une demande est formulée par l’établissement, qui doit consulter ses représentants du personnel qui émettent un avis, la demande est instruite par les services de la direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle.
La loi Mallié a ajouté une disposition : des négociations dans les branches des services et du commerce doivent être engagées pour déterminer les contreparties dues aux salariés s’il n’existe pas déjà un accord les prévoyant. Une obligation de faire non assortie d’une obligation de résultats, donc.
Puis enfin nous parvenons à ce qui a le plus fait débat avec la loi Mallié : les dispositions relative aux zones soit touristiques, soit d’animation permanente, soit de consommation forcenée …
Parlons tout d’abord des communes ou zones touristiques ou thermales, d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente.
Il existe deux sortes de dispositions pour appeler les communes « touristiques » (ou « thermales » etc) : schématiquement, il y a les dispositions du code du tourisme et celles du code du travail.
Avec le code du tourisme, une ville peut être classée station touristique, ou balnéaire, ou thermale etc. La commune doit faire un dossier très compliqué, et la décision de classement parait au Journal Officiel de la République Française.
Pour savoir si une commune est classée station quelque chose, pour l’instant, c’est encore assez simple, il suffit de regarder si elle a un casino – établissement de jeux, pas une épicerie … - sur son territoire, puisque le classement était une condition pour ce type d’établissement.
A titre d’illustration, dans l’Hérault, il y a 13 stations classées. En gros, les villes en bord de mer et les villes de l’arrière pays ayant des établissements thermaux comme Balaruc les Bains par exemple.
Les dispositions « code du travail » permettent d’attribuer le label « touristique » à telle ou telle commune l’ayant demandé au Préfet de région : un dossier est alors constitué par la commune (le nombre d’hébergement et leur qualité, la qualité des eaux, la fréquentation, l’animation etc) et le Préfet détermine les limites et le qualificatif touristique ou thermale, puis fait paraître sa décision dans le Recueil des Actes Administratifs de la Préfecture.
A titre d’illustration, dans l’Hérault, 6 communes ont le « label » touristique.
Même procédure pour les « zones » touristiques d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente.
Dans les communes ou les zones ayant obtenu ce « label » par le Préfet, certains types de commerces pouvaient ouvrir le dimanche et partant, employer des salariés.
Il s’agissait des « commerces de vente au détail qui mettaient à disposition du public des biens et des services destinés à faciliter son accueil ou ses activités de détente ou de loisirs d’ordre sportif, récréatif ou culturel. »
De plus, ces commerces avaient le droit d’avoir une dérogation par le Préfet mais encore fallait il qu’ils la demandent auprès de ses services.
Qu’est ce que ça donnait concrètement ?
Sur l’Hérault, on a vu qu’il n’y avait que 6 communes qui avaient le « label » touristique.
Donc déjà, c’est seulement que sur ces 6 communes que certains commerces auraient pu ouvrir s’ils l’avaient demandé.
On peut noter que paradoxalement, certaines communes ayant le classement station touristique, qui est considérablement plus dur à avoir parce que plus exigeant, n’ayant pas le « label » commune touristique, ne pouvaient prétendre à ce que certains de ses commerces ouvrent le dimanche.
Ainsi c’est le cas de Agde, une des plus grandes stations naturistes d’Europe je crois.
De plus, je peux vous assurer que sur les communes ayant tout de même ce label, absolument aucune demande de dérogation n’est faite …
Dans la réalité, sur l’Hérault, tous les commerces des villes du bord de mer, plus ceux de certaines villes très touristiques, ouvrent joyeusement le dimanche en saison.
C’est cette disposition du code du travail qui a amené le sketch de notre TGP.
On voit que ses dires sont inexacts : il ne pouvait y avoir un trottoir des Champs où les commerces sont ouverts et celui d’en face où ils sont fermés. En réalité, il y avait sur chaque trottoir des Champs des commerces ouverts et d’autres fermés, en pointillés.
Ce qui dans le fond, est aussi assez absurde.
Cette réglementation avait fait la joie des fondus de droit du travail, et ils se souviennent encore émus, des décisions sur Virgin Méga Store (autorisé à ouvrir), Vuitton (non autorisé à ouvrir) ou Afflelou (non autorisé à ouvrir).
La loi Mallié a modifié ce bazar : dorénavant, ces communes et zones, toujours délimitées par le Préfet sur demande du conseil municipal, pourront voir TOUS leurs commerces ouvrir le dimanche, sans distinction suivant leur activité, et ce, de droit, sans avoir à en demander l’autorisation.
Pour l’Hérault, en tout cas, ça ne change strictement rien.
Du coté des contreparties, rien n’est prévu spécialement, il faut se référer aux accords et ou conventions collectives.
Enfin, pour le dimanche, la loi Mallié a inventé les PUCE.
Les PUCE sont « les périmètres d’usage de consommation exceptionnelle, caractérisés par des habitudes de consommation dominicale, l’importance de la clientèle concernée et l’éloignement de celle-ci de ce périmètre. »
Il s’agissait de régler les cas comme Plan de Campagne, entre Aix et Marseille, grande zone de consommation massive, au sein desquelles les commerces ouvraient anarchiquement, au mépris de toute réglementation et même sous le coup parfois d’astreintes financières assez lourdes. Ce qui montrait l’intérêt économique pour eux d’ouvrir tout de même.
Une quinzaine de PUCE a donc été recensée par la loi Mallié – autour de Paris avec Thiais notamment, Lille et ses zones frontalières, Marseille Aix etc.
Il est intéressant de noter que les élus de Lyon se sont tellement battus pour que Lyon ne soit pas PUCE que la ville échappe à cet acronyme.
Dans ces zones et dans les futures zones qui peuvent être déterminées par le Préfet de région, tous les commerces peuvent obtenir une dérogation pour ouvrir le dimanche.
En principe, ces dérogations sont accordées au vu d’un accord prévoyant des contreparties …
Si un autre accord ou une convention collective ne prévoit pas déjà quelque chose …
Dans l’Hérault, nous n’avons pas de PUCE.
Cependant, nous essayons d’éviter au possible.
Il existe aussi une disposition du code du travail qui fait que le Préfet peut, par arrêté préfectoral et suite à un accord dans la profession, entre les syndicats d’employeurs et de salariés, accord validé par un référendum, (et donc un dispositif très lourd !), interdire l’ouverture dans telle ou telle activité à l’ensemble des commerces de cette activité.
Dans l’Hérault, nous avons eu ainsi trois arrêtés préfectoraux.
Les deux premiers concernaient les magasins de détail en général et le deuxième les boulangeries. Les deux, attaqués par un syndicat patronal, ont été jugés illégaux par des tribunaux …
Nous avons un grand centre commercial qui s’est développé, mélangeant allègrement loisirs et consommation – avec cinémas, patinoire, planétarium, restos, Ikéa … Il s’appelle Odysseum. A Odysseum, il est prévu que la 2e ligne de tramway ait son terminus, en plein milieu du centre commercial.
Afin de préserver une « trêve » entre les marchands de meubles – qui jusque là sont restés fermés le dimanche, bien heureux – avec l’arrivée d’Ikea, un accord a donc été passé puis a été renforcé par un arrêté préfectoral.
Le plus gros commerce d’Odysseum devant rester fermé le dimanche, nous espérons que le centre commercial lui-même ne louchera pas sur la dénomination de PUCE …
Voilà, c’est ainsi que je pense que la loi Mallié ne va pas changer grand-chose et que les débats auxquels elle a donné lieu n’ont fait que cacher une question de civilisation, osons le mot.
ps : les photos illustrant les deux billets sur le dimanche ainsi que l'espadon sans précaution sont des photos que j'ai prises au hasard de mes déambulations. Elles ne sont donc pas libres de droits.
16:55 Publié dans une mutine fait toujours la maligne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Chéri, dimanche ... Manche. (première sur deux)
En France, le repos dominical est un sujet sur lequel règnent la mauvaise foi, la méconnaissance d’une réglementation complexe à souhait et surtout, la Lingua Quintae Respublicae dans toute sa splendeur.
Déjà, repos dominical …
Au début des 22 pages de l’édition du Nouveau Code du Travail Annoté consacrées à la question sous le titre repos hebdomadaire, le premier article indique qu’il est interdit de faire travailler un salarié plus de 6 jours par semaine, le 2e indique que le repos a une durée minimale de 24 heures puis enfin, le troisième indique Le Principe : « le repos hebdomadaire est donné le dimanche ».
Après, tous les autres articles énumèrent les dérogations possibles.
Notre Très Grand Président a répété à l’envi un running gag à propos du travail du dimanche et de ses courses du dimanche sur les Champs Elysées – running gag que s’est empressé de copier le Grand Fayot Brice :
«Sur les Champs Elysées, ils ont trouvé le moyen de mettre un trottoir en zone touristique et un qui ne l’est pas. Il y a un trottoir où on a le droit d’être ouvert le dimanche et l’autre où ce n’est pas possible. Je vous assure que cela fait drôle quand on vient de l’étranger. On se dit, mais qui c’est celui qui a pensé à ça ?»
Après ces déclarations qui semblaient frappées au coin du bon sens pour le quidam, il a été mis en route une loi, dite loi Mallié, qui a fait l’objet de débats passionnés puis a fini par être adoptée par le Sénat le 22 juillet 2009, pour être ensuite consacrée par le Conseil Constitutionnel, excepté un point particulier qui portait sur le pouvoir du maire de Paris.
Si les pitreries de notre TGP sont pure propagande et totalement fantaisistes, tant sur le plan de la réalité que du droit, reste que la réglementation sur le travail dominical est inextricable et créée parfois des situations ubuesques.
Cependant, à cet égard, la loi Mallié ne change rien, bien au contraire.
Et à l’analyse, la loi Mallié ne change pas non plus grand-chose à la situation existante des salariés, quoiqu’en disent quelques syndicats et politiques clamant leur attachement au repos dominical.
Sans que la véritable question qui à mon sens se pose, ne vienne en débat national : est ce qu’un jour on va réfléchir sur la façon dont nous vivons et les dispositions à prendre pour quitter la route qui passe sous les fourches caudines de la Consommation ?
Donc voilà notre député UMP Mallié qui est à l’origine d’une loi sur le dimanche, pompeusement intitulée « réaffirmant le principe du repos dominical et visant à adapter les dérogations à ce principe dans les communes et zones touristiques et thermales ainsi que dans certaines grandes agglomérations pour les salariés volontaires ».
On réaffirme et après, on en rajoute une couche pour légaliser voire accentuer les dérogations au principe.
Quelles sont les dispositions qui existent à propos du dimanche et qu’est ce que la loi Mallié a changé ?
Tout d’abord, afin de réaffirmer, la nouvelle loi a ajouté « dans l’intérêt des salariés » avant « le repos hebdomadaire est donné le dimanche ». Des fois qu’on croit que c’est une ruse pour avantager les patrons.
Ensuite, attention, on est parti pour une longue liste de dérogations au principe. Donc peuvent ne pas donner lieu au repos hebdomadaire le dimanche – et hormis les travaux urgents du type mesures de sauvetage :
Une série d’industries et d’activités
- les industries traitant des matières périssables OU ayant à répondre à un surcroît extraordinaire de travail. Lire l’inventaire à la Prévert de ces industries laisse deviner combien certains groupes de pression ont du être actifs au fil de l’histoire.
Ainsi on a les fabriques de couronnes funéraires, la gainerie, la fabrication de colle et gélatine, l’orfèvrerie …
- les ports, débarcadères et stations
- les activités saisonnières
- les travaux de nettoyage des locaux industriels et de maintenance
- les travaux intéressant la Défense Nationale
- les établissements industriels fonctionnant en continu
- les gardiens et concierges des établissements industriels et commerciaux
Peuvent aussi donner le repos hebdomadaire un autre jour que le dimanche, les industries ou activités qui ont des contraintes de production, et ou utilisent des matières susceptibles d’altération rapide, et là suit un tableau de 5 pages dans lequel on trouve par exemple, les industries agro alimentaires, les industries chimiques, du textile, extractives, utilisant des fours, produisant de l’énergie et miracle des cavaliers législatifs, les commerces de gros et de détail nominativement listés, le tourisme, la maintenance etc.
C’est dans la partie « commerce de détail » que figure les magasins d’ameublement.
La dérogation permanente d’ouverture du dimanche pour les magasins de meubles était réclamée à corps et à cris par les gros commerces depuis octobre 2007, suite à des condamnations au tribunal assez régulières. C’est en décembre 2007, à 2 heures du matin, qu’un amendement cavalier déposé par Isabelle Debré, sénatrice UMP, est venu le prévoir, au milieu d’une loi sur le droit de la consommation défendue par Luc Chatel. C’est pourquoi l’on parle maintenant, pour les magasins de meubles, de l’amendement Chatel – et de la faciliter à légiférer tranquillement en pleine nuit – ou amendement ConfoKéa.
Les commerces de détail alimentaire – comme votre petite épicerie arabe de nuit ou Carrefour – peut aussi ne donner le repos hebdomadaire du dimanche qu’à partir de 13 heures. Avant la loi Mallié, le texte disait midi, ce qui posait de réels problèmes pratiques quant à l’heure de fermeture, puisqu’en principe, il aurait fallu commencer à ranger pour fermer et partir, vers 11 heures 30, midi moins le quart. Donc dans les faits, l’heure de midi n’était jamais respectée.
Enfin, pour ce qui est des dérogations dites « de droit » - cad que l’on peut utiliser sans avoir d’autorisation à demander au Préfet ou au maire – il y a toutes les entreprises qui ont, par accord d’entreprise ou de branche ou par référendum, une organisation du travail qui prévoit du travail en continu, avec constitution d’équipes – on y fait les 3 ou 4 X 8 – ou des équipes de suppléances, qui n’interviennent que le week-end, avec un type de contrat de travail bien particulier.
15:27 Publié dans une mutine fait toujours la maligne | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note




