20.04.2009

Relisons Camus

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Il y a 4 ans, des militants syndicaux du SNU Travail Emploi Formation ont porté plainte contre le Ministère du Travail auprès du Bureau International du Travail.

Le SNU TEF est le syndicat – très schématiquement – des « gauchistes » de l’Inspection du Travail, qui ont quitté la CFDT après sa trahison sur les retraites, en 2003.

Le BIT est l’instance chargée de veiller à l’application des conventions internationales du travail et à la rédaction de nouvelles conventions, auxquelles adhère tout pays un tant soit peu civilisé.

Le Ministère du Travail est ce ministère qui a été dirigé par un ex représentant en assurance et est maintenant dirigé par l’ex ministre de l’immigration et de l’identité nationale.

Des conventions, notamment les 81 et 129, garantissent l’indépendance de l’Inspecteur du Travail, par rapport au pouvoir politique, ainsi que sa liberté de donner les suites qu’il décide. Elles définissent son devoir de garder secrète la source des plaintes et sa mission de protéger les salariés et notamment les plus vulnérables d’entre eux.

Depuis la création du ministère de l’Immigration, se sont mises en place des politiques de contrôles en entreprises ou sur les chantiers, contrôles communs des services de l’Urssaf, des Impôts, de l’Inspection du Travail et des services de police et plus particulièrement de … la Police aux Frontières, qui ont pour seule mission de contrôler l’immigration illégale quand ils ne font pas ouvrir leur coffre à ceux qui reviennent d’Andorre …

Ses contrôles communs avaient pour objectif officiel de lutter contre le travail illégal.

Mais avec des objectifs chiffrés concernant tous les services dont les objectifs de … reconduite à la frontière pour la PAF, qui en profite pour appréhender les étrangers en situation irrégulière au regard du droit du séjour.

Cela fait donc 4 ans que les services font de la « désobéissance civile », plus ou  moins suivie, plutôt plus que moins, suivant d’ailleurs les endroits et le comportement de la PAF.

Il faut préciser que les services de l’Inspection du Travail sont les seuls services administratifs – avec l’Urssaf – à pouvoir entrer quelque soit l’heure et quelque que soit l’endroit (sauf lieu militaire et administrations publiques et domicile privé) dès qu’il y a des salariés, et ce afin de contrôler l’application du code du travail.

La police elle, et y compris la PAF, doit constater un délit flagrant pour entrer.

Hortefeux avait trouvé le truc : les services de l’Inspection du Travail pouvaient servir « d’ouvre boite » (c’est le cas de le dire !) à la police, lors des contrôles communs.

Et embarquer les étrangers pour le centre de rétention, que leurs droits soient recouverts ou pas d’ailleurs – paiement des salaires dus notamment.

 

Au bout de 4 ans, le BIT vient de condamner pour le moins sévèrement ces pratiques :

« … inspecteurs du travail embrigadés et dirigés par d’autres fonctionnaires … ce qui est incompatible avec l’objectif de l’inspection du travail, … constitue une transgression du principe d’indépendance, vide de son sens le droit de libre décision et la protection des sources des plaintes. … Selon les circulaires pertinentes, … la mesure administrative principale qui leur est appliquée est la reconduite à la frontière, avec pour conséquence en ce qui concerne les travailleurs, le déni de leurs droits liés à leur condition de salariés, en contradiction avec l’objectif de protection de l’inspection du travail et avec la législation nationale, selon laquelle l’infraction d’emploi illégal n’est, en soi, opposable qu’au seul employeur, les travailleurs concernés étant, en principe, considérés comme des victimes ».

 

Je vous le dis, c’est un grand jour.

Les contrôles communs avec la PAF ont vécu.

Relisons Albert Camus : « On est tous l’étranger de l’autre. »

 

 

Commentaires

Dans un premier temps, le titre de ta note m'a foutu les boules, je me suis dit : mince, ayé, elle s'est fait envoûté par Didier Goux :)

Bon, maintenant, je vais lire...

Ecrit par : Dorham | 21.04.2009

ça a un coté rassurant quand même de constater qu'on ne peut pas faire n'importe quoi avec la loi, même quand on est ministre.

Cette exemple pourrait servir de leçon à nombre d'individus qui ne se sentent pas confiants au point de refuser ce que l'on souhaite leur imposer.

Mais, à terme, n'y a-t-il pas un risque que les gouvernements légifèrent contre ces principes d'indépendance ?

Ecrit par : Dorham | 21.04.2009

Tu sais bien ...
Il n'y a qu'un Camus.

Ecrit par : Audine | 21.04.2009

Oui, il faut toujours veiller à l'indépendance des services de l'Inspection du Travail, le ministère étant toujours tenté de la grignoter. Ils rappellent déjà assez souvent que "indépendance ne rime pas avec ne pas rendre de compte, ne rime pas avec on fait ce qu'on veut etc etc". A l'inverse, c'est vrai que certains collègues ont une notion assez ... extensible de l'indépendance des fonctions.
Il faut savoir que le système d'inspection du travail en France est très original et peut être le seul dans le monde à être ainsi : généraliste (l'inspection du travail contrôle l'application de TOUT le code du travail, et n'est pas bornée à contrôler uniquement l'hygiène et la sécurité par exemple), avec une compétence géographique pleine et entière (il y a une section et un inspecteur, l'inspecteur du travail d'à coté ne peut pas venir y mettre son nez et encore moins la hiérarchie !), et des décisions prises seul (refus ou autorisation de licenciement des représentants du personnel, procès verbaux, référés etc).
Ces derniers temps, nous sommes en pleine fusion avec les inspections du travail de l'agriculture et des transports, ce qui est revendiqué depuis ... 30 ans ! et ça c'est aussi un bien pour nos missions.

Le risque que nous surveillons est la mise en "agence" de l'inspection du travail, isolée des services, avec des moyens en réduction, et surtout, des objectifs de contrôles très précis et qui empêchent la libre initiative.
C'est ce qui existe dans certains pays européens, l'inspection du travail ayant des programmations de contrôle, l'indépendance leur étant garantie dans les suites à donner.
Et c'est tout de même ce qui commence à exister en France, avec la RGPP (réforme générale des politiques publiques) et les lolf (lois de finances - programmation) et les nombreuses "campagnes" dont on abreuve les services de l'inspection du travail.

C'est pourquoi cette décision du BIT est importante, sur le plan de la juste attitude de l'inspection du travail vis à vis des travailleurs étrangers, mais aussi sur le plan juridique, mais aussi, et ça, ça fait plaisir, dans l'énoncé de la mission fondammentale de l'inspection du travail : faire appliquer le droit du travail, mais pour protéger les plus vulnérables.

Ecrit par : Audine | 21.04.2009

Merci, c'est très instructif.

Ecrit par : mtislav | 21.04.2009

Je suis fière de te connaître.

Ecrit par : soleildebrousse | 02.05.2009

Belle victoire en effet.

Ecrit par : Maximis Bob2bob | 24.05.2009

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