02.12.2008
On comprend vite
Ce qui urge un max, c’est de pas être cagole.
Cagole c’est presque pute tu vois, même si pouf, pute, c’est pire.
T’as 13 ans et même pas tu montres tes orteils l’été.
Trop laids les pieds.
Mais tu n’es pas hippie de blé non plus, faut pas abuser.
Tu replies 25 cm d’ourlet en bas de tes futes, tu tires 10 cm de manche sur le dos de tes mains, t’as des mitaines quasi greffées.
Les cheveux aussi c’est grave important.
Le budget shampoing c’est pas toi qui le craques, alors tu essaies tous les Herbal Essence et tu étudies toutes les coupes du collège.
C’est pas que tu le vaux bien, tu hais les pubs où l’on voit des femmes.
T’as un plan d’enfer avec ta meilleure copine du trimestre, tu réinventes le journal intime.
Parce que par textos, c’est pas top, surtout les récriminations de ta mère sur le budget portable.
Tu as le carnet tout neuf, avec un faux cadenas, elle a le même, mais plus rose. Toi tu préfères noir.
Son mec fouille dans son sac, elle a intérêt à faire gaffe. Toi tu supporterais pas, tu te moques, nana soumise tu lui dis, mais elle surveille son portable à lui alors, elle peut rien dire.
Depuis une semaine, tu as un soutif rembourré.
Légers légers les pas, pour 10 heures le pain au chocolat, tu connectes ton portable et t’écoutes Guru Josh Project.
Tu souris à ta cop.
Ils sont entrés dans la classe pendant le cours de math vers 9 heures 30.
Ils étaient quatre plus un chien. Deux gendarmes en noir, des espèces de Terminator, un autre très gros et petit, et le quatrième type, celui qui tient le chien, en blouson beige, le crâne qui brille et des petites lunettes.
Le chien bave.
Il te regarde avec des yeux jaunes, un radar torve, et le chauve dit « vous posez les mains sur les tables et vous regardez pas le chien, quand il mord ça pique ».
La prof de math dit quelque chose comme « ils font leur ronde » et plein de points d’interrogation, elle reste la bouche un peu ouverte, tu as l’impression qu’elle va lever les bras en l’air.
Le chien fourre son nez dans les sacs posés au sol, il enfonce sa truffe sous les rabats, il bave.
Il mordille le sac de ta copine.
Le petit gros lui dit de sortir et l’accompagne dehors avec un des Terminator.
Elle, elle a des larmes dans les yeux mais tu la connais, elle est fière.
Elle commence à se diriger vers la porte mais ils lui disent « non tu prends ton manteau ».
Au fond, ils font ouvrir des sacs, ils les vident sur les tables, un stylo orange fluo roule sur le sol avec un bruit incongru, tu entends un rire nerveux.
Tu te dis faut pas rire, qu’est ce qu’il va prendre.
Le chien soudain s’arrête à tes pieds et lève la tête sur toi et toi tu ne veux pas le regarder.
Puis il pousse des gémissements, deux ou trois, comme ça, comme s’il racontait un truc aux Terminator.
On te dit de sortir avec ton sac et ton manteau.
Quand tu sors, tu croises ta copine qui rentre.
Elle a les lèvres blanches et les poings rouges.
Dans le couloir, il y a une femme, elle a les cheveux courts et blonds genre pouf.
Le gros te dit de poser ton sac par terre.
Il le vide.
Il saisit le carnet noir et le feuillette.
Sur le sol, tu ne pensais pas pouvoir étaler tant de livres, de notes et de stylos.
Le pain au chocolat git, sorti de son papier, il a l’air rassis, affaissé, il a l’air malsain de calories délétères.
Ils, et tu ne sais plus qui, ils fouillent les poches du manteau.
Ils te demandent d’aller dans la salle de classe d’à coté.
Il y a la femme, et le petit gros qui est là, et un autre gendarme.
« Tu as déjà fumé » ils te demandent.
« Tu connais quelqu’un qui fume chez toi ? Ton frère, tes parents ? ».
La femme te demande de déplier les revers du jean, de retrousser tes manches, elle tâte tes poches, elle glisse une main sur ton soutif.
Elle sourit mais genre je montre mes dents de coté.
Demain, on va t’expliquer.
C’était une opération de prévention contre la drogue.
« Les élèves ont peur de ces contrôles, ça crée de la bonne insécurité» a dit Chantal Firmigier-Michel, procureure de la République, dans un entretien au journal La Dépêche du Midi, à propos de Marciac, dans le Gers.
(en sorte d’hommage aussi, au texte de Dorham, sur Extra-ball, « on grandit vite »)
23:33 Publié dans Interlude | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note



Commentaires
Héhéhé j'avais compris aussi :p
Oui donc l'intervention de la police au collège pour y débusquer de la drogue, c'est également une riche idée. Mais c'est logique, si on ouvre des prisons toute neuves pour des délinquants de 12 ans, il faudra bien chercher de quoi les remplir... Et où chercher ? Paraît que l'instruction est encore obligatoire pour les gosses jusqu'à 16.
Y aura-t-il, chez les précepteurs, des interventions musclées comme chez les journalistes ?
Ont-ils pensé à noyauter Acadomia en civil ?
Tu sais quoi ? J'étais en train d'écrire un billet sur des gamins que la police est venue chercher avec le père, à l'école. Ils ont passé une nuit en prison puis le matin dans le charter.
Mais j'y arrive pas. Trop dur de se sentir pas assez percutante sur le sujet... 3 heures que j'y tourne...
Alors ton idée d'hommage, bien ça me démange, jvais ptet bien y rendre hommage, tiens...
Ecrit par : Marie-Georges Profonde | 02.12.2008
Vazy, allez, on fait une chaine spontanée :)
Ecrit par : Audine | 03.12.2008
La flique blonde...ça me dit quelque chose !
Terrible en tout cas. Tout cela paraît absurde mais à partir du moment où l'on considère que plus rien n'est sacré, ni l'enfance, ni l'école, on peut aller vers tout et rien.
Je suis sûr que certains se diront que les gamins propres sur eux n'auront rien à craindre... Comme si tout était si simple. Comme si dans les rues couraient les Michael Myers (l'assassin fou et juvénile du film Halloween), un masque sur la trombine...
Non, des portes ont déjà été entrouvertes, le gouvernement se charge encore de les ouvrir en grand. Je précise quand même que les droits de l'enfant ne datent que de 1995 (peu y avoir une erreur de 1 ou 2 ans) et que :
1 - dans le monde, ces droits sont toujours allègrement bafoués,
2 - en France, ce retour en arrière ne fleure rien de bon.
On peut être heureux d'avoir aboli la peine de mort, la reponsabilité pénale pourrait nous envoyer des gosses de 12 ans à la chaise.
Je vais loin là, mais jusqu'où ça va aller cette histoire. On vise bien sur une catégorie de population parfaitement identifiée.
Mais c'est quoi ce pays sans rire ? Et où ils sont ces cons de socialos ?
Ecrit par : Tivitioub | 03.12.2008
Ca y est, hommage à Dorham et reprise de ta chaîne enclenchés !
J'en explicite le principe. Tu me diras si c'est bien ça.
;)
Ecrit par : Marie-Georges Profonde | 03.12.2008
On a dû lire le même article... C'est le moment de tourner Rintintin 2.
Ecrit par : balmeyer | 03.12.2008
Un message à l'émission de Mermet relatait l'intrusion de la police et de chiens policiers dans son école. Mais la première partie de ton texte Audine pousse la réflexion plus loin, la travaille par l'écriture (du "tu" de la première partie, au "il" de la deuxième, puis le "on" qui clôture, précis de sociologie en miniature qui passe en revue l'habitus des copines, du petit ami et des agents de l'ordre - les fringues, la pub, les nouvelles technologies, l'abus de pouvoir).
Le martyre de la chocolatine. Seule consolation, l'écriture.
Ecrit par : mtislav | 03.12.2008
Le lien a sauté :
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article74779
Ecrit par : mtislav | 03.12.2008
Le lien a sauté : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article74779
Ecrit par : mtislav | 03.12.2008
Déjà trois jours et je n'ai toujours pas de réponse à la question que j'ai posé à un collègue l'autre matin : "Est-ce que tu crois que ce serait pire si Le Pen était passé au lieu de Sarko ?"
Ecrit par : Archie | 03.12.2008
Marie-Georges : mais oui c'est tout à fait ça !
Mtislav et Balmeyer : avant d'écrire le billet, j'ai écouté le témoignage du répondeur de Daniel Mermet, reproduit sur le site de Télérama, puis sur le site de Libé, complété par le témoignage du principal du collège qui a assisté à tout ... sauf aux fouilles parce que lui était dans la salle de classe et que les fouilles étaient dans le couloir, alors bon, il a rien vu ...
Et puis il y a aussi le témoignage d'un prof d'une classe de BTS lu je ne sais plus où.
Donc la partie du billet relatant l'intervention des gendarmes est même en dessous de la réalité ...
Quant à la première partie, toute ressemblance avec qui était ma fille à cet âge n'est absolument pas une coïncidence.
Archie : bien sûr, ça peut toujours être pire, mais on se dit que ça n'est pas possible.
Des chiens policiers dressés à renifler le métissage ??
Un confessionnal en début de chaque journée avec un directeur de conscience ??
Une obligation de dénonciation anonyme (erf !) hebdomadaire pour dire le comportement de ses frères et soeurs à la maison ??
En tout cas, entre l'histoire de l'ex directeur de Libé, de la poupée vaudou, de l'interpelé et condamné pour la pancarte "casse toi pauv con", des terroristes internationnaux qui envisagent de balancer du fromage de chèvre sur les caténaires SNCF, de la détection des gènes de délinquants à 3 ans, d'Edvige, de la prison pour les grands criminels de 12 ans, je commence à regarder mes propres empreintes avec suspicion.
Heureusement qu'il y a la beauté des Ardennes !
Ecrit par : Audine | 03.12.2008
Mais suffira-t-elle (la beauté, je veux dire), Audine ?
Je regarde et j'écoute s'agiter ce monde : Je vois, tout autour de moi, s'ecrouler tour à tour toutes les valeurs sociales qui ont été bâties petit à petit, à coups de gueule et de labeur comme le plus beau 11 septembre imaginable ...
Alors qu'est-ce que nous mettrons à la place ? à la place des écoles, des hôpitaux, des campagnes, des usines ...
Ecrit par : Archie | 04.12.2008
ai entendu aussi le témoignage de chez Mermet... ton texte est très brut, j'aime beaucoup (je parle du style, hein... pas du fait divers!) Il y a du Despentes chez toi, je trouve...
Ecrit par : Chris de Neyr | 04.12.2008
Fascisme sans haine. Attention, cette machine carbure au pragmatisme. Un problème, une solution. Un problème, une solution. Un problème ? Non tout va bien merci, pas de problème. Et rappellons-nous Marck Twain, "Si votre seul outil est un marteau, alors votre problème est un clou."
Poil au genou.
Descendra-t-on dans la rue Audine ?
Ecrit par : Maximus Bob2bob | 04.12.2008
Quand nous serons tous décidés à descendre, quand les gens du PS auront fini de se déchirer, en bref, quand les poules auront des dents, je crains fort qu'il ne soit trop tard.
Bonne question "Est ce que ce serait pire si LP était passé ?", Je veux, de toute mes forces, croire que oui, quand même, ce serait pire.
Ecrit par : Fleur d'Hiver | 04.12.2008
Comment parler de cette indignité. Comment? c'est bien ce que tu as fait.
Ecrit par : sana | 04.12.2008
Cette "bonne insécurité" me rappelle "la bonne précarité" de Brigitte Jeanperrin, cette journaliste inféodée au puissants, elle utilisa cette expression il y a quelques années pour parler du cne.
La bêtise, si facile d'accès, se répand toujours plus vite que l'intelligence.
La beauté ne suffira pas, Audine. Le bon bulletin dans l'urne en 2012, c'est tout ce qu'il nous reste, oui je sais c'est pas gagné.
C'est la guerre, mais beaucoup préfèrent l'ignorer...
Ecrit par : martin | 04.12.2008
Je me suis aussi inscrit dans cette chaine sur mon blog :
http://roudotf.canalblog.com/archives/2008/12/05/11617907.html
Ecrit par : doudourou | 06.12.2008
Je relis tout ça...
Y a pas à dire, je trouve ça dingue. Je parlais d'une loi pas encore voté et qui sera vraisemblablement retoquée par Fillon et toi, c'est la réalité que tu décris.
La réalité, on se croirait dans Brazil et c'est...la réalité...
C'est quand même dingue...
Ecrit par : Dorham | 06.12.2008
Archie : la beauté ne suffit pas effectivement.
Mais elle aide. Ma mère, qui lit ici et a ton blog dans ses favoris m'a écrit dernièrement que l'actualité sociale et nos écrits la déprimaient, mais qu'elle se consolait en lisant ton blog (et celui de Marie Georges qui la fait rire et dont elle aime aussi les photos de peintures). Quand ça va pas, lire ta "Complainte du figuier", ça fait du bien.
C'est important de se faire du bien, pour pouvoir lutter.
C'est ce que je ressens.
Chris de Neyr : merci !!! c'est un sacré compliment.
Bob : je ne sais pas, pour la descente dans la rue. Ce qui m'ennuie, c'est cette espèce de résignation. Le printemps prochain est toujours le plus vert ??
Fleur d'Hiver : coucou !
Sana : j'aime bien ton blog. Une sorte d'écriture abrupte, dépouillée. Quelque chose d'attachant.
Martin : ça me fait penser aussi à la précarité de Laurence Parisot ("La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?") ou les leçons de morale des bourgeois installés.
Tu as raison, ignorer la guerre permet de ne pas être en colère. Bien sur que c'est la guerre, et plus le système capitaliste touche ses limites, et plus elle fait rage.
Doudou : j'ai vu !! et ça ne m'étonne pas, et du coup, je vais me renseigner au vidéo club voir s'ils ont "les 400 coups". Je l'ai vu cité aussi ailleurs mais je ne sais plus où, ce qui prouve que parfois, les oeuvres artistiques ont bien plus de retentissements que ce qu'on pourrait percevoir sur le moment.
Dorham : oui c'est la réalité. Et qui ne choque pas tout le monde. Et même, on s'auto censure pour ne pas trop assomer le lecteur ...
Maintenant, que Fillon soit intervenu, il n'est pas dit que ça ne soit du qu'à son humanisme et ses croyances intimes, il est vaguement possible que ce soit du aussi à quelques réactions bien senties, dont la tienne fait partie. Une voix plus une voix plus une voix ...
A tous : merci d'être là.
Ecrit par : Audine | 07.12.2008
"on se croirait dans Brazil et c'est...la réalité..."
Dorham a tellement raison (comme souvent!).
Petit à petit on s'habitue aux dérives,
aux coups de griffes au libertés,
aux principes,
aux droits.
C'est sournois quotidien et insidieux,
tout ce fait peu à peu,
à pas de de loups.
Heureusement qu'il y a des textes forts,
comme celui-ci d'Audine,
pour rappeler au bon sens et à l'humanité.
Ecrit par : doudourou | 08.12.2008
Tu crois que dans les collèges de riches ils font la chasse à la coke ?
Non parce que l'herbe c'est un peu bio donc c'est pour les pauvres gosses de gauchos non ?
Ca m'écoeure un peu tout ce flicage mais ton texte est superbe
Ecrit par : grazie | 09.12.2008
Coucou, un petit tag ? Mais si, allez. Je viens de te taguer pour la chaîne de l'inculture.
Ecrit par : Marie-Georges Profonde | 13.12.2008
beau texte Audine comme un uppercut, qui m'a permis de ne pas passer à côté de cette actualité que j'ignorais avant de lire ton texte.
J'ai lu dans "le monde " que les flics ont donné leur propre version des faits, qui atténue la violence de l'intervention.
Le pire, je suis même pas sûre si on demande aux gens s'ils sont opposés à ce genre d'intervention musclée qu'ils répondent par l'affirmative...
Sinon j'aime beaucoup le portrait le contraste du vert et du rouge, et la moue frondeuse
Ecrit par : beabab | 14.12.2008
Mon neveu a commencé à se droguer en entrant il y a une dizaine d'années dans un lycée de la banlieue bordelaise.
Ma soeur s'était inquiétée auprès de la direction de la présence de dealers au sein même de l'établissement.
On lui avait répondu : Que voulez vous qu'on y fasse. On ne va tout de même pas appeler la police.
Mon neveu a 25 ans. Il se drogue.
Ecrit par : Duga | 16.12.2008
Il y a toujours eu de la drogue dans les établissements ou qu'ils soient, le problème des parents est de les protéger d'eux même ce qui est quasiment impossible.
que dire de la drogue que prenne les adultes qui se prennent pour des jeunes ?
C'est un problème social très grave finalement
Ecrit par : grazie | 16.12.2008
"Il y a toujours eu de la drogue dans les établissements ou qu'ils soient".
Toujours ? Sans jouer les anciens combattants, je ne me souviens pas qu'il y en ait eu à mon époque, ni même il y a 25 ans.
"Le problème des parents est de les protéger d'eux même ce qui est quasiment impossible".
Certes, il n'y a pas de fumée sans feu. Et les parents ont aussi leur part de responsabilité. Ils ont divorcé depuis d'ailleurs. Mais ceux qui proposent la drogue sont dans les lycées. Pas dans le jardin des parents.
"Que dire de la drogue que prenne les adultes qui se prennent pour des jeunes" ?
Il en va de même pour l'alcool et le tabac. Un adulte sait ce qu'il fait, à la différence d'un gamin de 15 ans. Qu'en dire ? Ce sont des irresponsables qui engagent au nom de ce qu'ils croient être leur liberté individuelle, leur santé, celle de leurs proches et le budget de la Sécu au passage. A part ça ? Rien.
"C'est un problème social très grave finalement"
CERTES
DUGA
Ecrit par : Duga | 16.12.2008
Marie-Georges, j'ai noté ! je cogite je cogite, pour essayer de faire une réponse à la hauteur de ton propre billet sur le sujet !
Beabab : merci de tes appréciations, notamment à propos du portrait au pastel, qui me semblait avoir bien sa place avec le texte. 12 ans, 13 ans, est ce qu'on sait si l'on doit prendre une figure de jeune fille ou garder celle de l'enfance ?
Grazie : merci. C'est un billet d'humeur (noire).
Je ne sais pas ce qu'ils font dans les lycées de riches ! En tout cas, ce que je sais, c'est que je n'ai pas la même définition du mot "prévention" que ces gendarmes, ce principal ou cette procureure.
Duga : je trouve que la direction du lycée où était ton neveu n'a pas fait son boulot. Il y a beaucoup d'adultes démissionnaires, laxistes. Mon billet n'avait pas pour but de désavouer l'action des autorités, lorsqu'elles sont dans leur rôle d'enquête, même si tout de même, il y a action et action. Dans un rôle d'enquête après des faits matériels et pas d'enquête systématique.
La raison de l'intervention des gendarmes à Marciac était la prévention, et c'est là où l'on croit rêver.
D'abord la prévention en montrant une action d'enquête assez dure (au sens grands moyens, lieu qui est censé être assez protégé puisque concentration de mineurs etc), c'est spécial. Comme si la prévention contre le tabac par exemple c'était de planter un fumeur devant une opération chirurgicale en directe d'ablation d'un poumon ...
Ensuite, la prévention ne s'appelle plus prévention s'il s'agit de faire peur. La réflexion de cette procureure à propos de la "bonne insécurité" est bête à pleurer. Il n'y a jamais de bonne insécurité, ça n'existe pas, la bonne insécurité, c'est un oxymore.
De la même veine, du même langage idéologique, que la réflexion sur la précarité de Laurence Parisot ("la vie, la santé, l'amour sont précaires, alors pourquoi le travail ne le serait pas ?").
La dernière observation de fond sur cette intervention, c'est qu'elle est dans une logique de viol.
C'est ce qu'on ressent dans le témoignage précis et posé de la jeune fille, je pense que dans les procédures, les officiers de police ou la gendarmerie ne procèdent pas ainsi pour des adultes !!! Jamais ils ne fouilleraient une femme en présence d'hommes, et dans un couloir non ? ou si ?
En tout cas, là, ce que je ressens dans la fouille du sac et la fouille corporelle de cette gamine de 13 ans, c'est de l'ordre du viol, c'est la négation de son intimité, la négation du moindre respect envers elle (et les autres jeunes).
Je ferai un billet un jour, sur le discours dominant à propos de la sécurité et comment on perd toute maitrise, insidieusement, de notre corps, de nos allers et venues, en ployant sous ces inquiètudes que l'on nous impose.
Mais encore une fois, si un trafic de drogue est dénoncé dans un établissement, je suis plus que pour que les adultes et les autorités interviennent.
Nul besoin cependant de terroriser, désabuser, rendre cyniques des gamin(e)s de 13 ans en leur foutant un chien policier sous le nez, qu'il ne faut pas regarder en face sinon "il pique".
Ecrit par : Audine | 16.12.2008
C'est sûr que les keufs ont joué aux cow-boys voire plus.
Au fait, les parents de la petite ont-ils porté plainte ?
Y a t-il enquête de l'IGN ?
Quant au travail sans précarité, c'est la fonctionnarisation absolue et totale. C'est bien ça ?
Ecrit par : Duga | 16.12.2008
Quant au dessin, j'y vois un garçon au visage pas bouffi mais gonflé, comme après une nuit sans sommeil et après avoir beaucoup pleuré. Donc le visage de celui qui vient de vivre quelque chose de douloureux.
Mais le regard est perçant. Il ne baisse pas les yeux et regarde loin. Loin devant son avenir avec surement des envies de revanche. Vous m'avez fait mal, OK, mais vous ne perdez rien pour attendre.
Le matin de ce réveil douloureux, le destin de notre petit irlandais a basculé. Il est devenu un Homme.
Duga
Fighting spirit
Ecrit par : Duga | 16.12.2008
Duga : non le travail sans précarité n'est pas "la fonctionnarisation totale et absolue". Mais peut être quelque chose comme un minimum de dignité.
Du style un contrat de travail où il n'est pas possible de considérer le salarié en période d'essai et licenciable sans qu'aucune raison ne lui soit donnée pendant une période de 2 ans. Un contrat de travail qu'il n'est pas nécessaire d'attaquer en Cour de Justice Européenne pour le voir abolir.
C'est un exemple, j'en ai beaucoup d'autres.
Et pour le dessin, oui, il y a un peu de ce que tu décris !
Ecrit par : Audine | 18.12.2008
Je suis séchée par ton texte Audine.
J'ai parcouru les commentaires (nombreux !) et les réactions...
Je pense à mes mômes, je pense à ma jeunesse. Je pense à ce mal-être qui fait que dès 9 heures du matin, les mômes s'en mettent un dans la tronche, parce que vivre, c'est difficile.. je pense à ce gaspillage, à cette fuite.. je pense à cette société corrompue dans laquelle on lance les chiens mais où parallèlement on autorise les sponsors d'alcool à se rendre sur les terrains de sports... aux multinationales de tabac à vendre leur merde... aux acteurs et aux chanteurs populaires à parler une clope à la main.. parce qu'il faut bien mourir un jour.
Je pense à tout ça, et je suis triste soudain.
En tout cas, drôlement bien tourné, comme d'hab.
Ecrit par : soleildebrousse | 20.12.2008
Coucou Soleildebrousse !
Oui c'est bien ça.
Le mot enfance me rappelle un vieux 45 tours qu'il y avait chez mes parents, c'était la musique de "l'enfance nue", un film, avec sur la pochette la photo d'une barque avec un enfant asiatique enfin il me semble, en noir et blanc.
La musique était à la fois pure et fragile, et je sais encore la chanter.
Ecrit par : Audine | 21.12.2008
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