05.11.2008

La fête à la Grenouille

grenouille aux lentilles.jpg

 

Il pleut et ça ne va jamais s’arrêter.

Il pleut implacablement, sans désemparer.

Toujours au même rythme, sans variation, sans répit.

Il pleut tellement tout le temps que c’est devenu un mode de vie.

 

Nous prévoyons un roulement de séchage. Les conseillères en économie sociale et familiale apprennent ça, aux familles. Faire des roulements de séchage.

« Mieux vaut avoir trois paires de chaussures pour le roulement de séchage que deux qui n’auront pas le temps de sécher »  est une base des conseils.

Les couloirs et les halls d’entrée sont des séchoirs adéquats.

Le matin il faut fermer les ouvertures avant de partir.

Des trucs comme ça.

 

Les chats  ne regardent plus par la fenêtre.

Ils marchent sans crainte sur le rebord de la baignoire.

Qu’importe un dérapage vers le fond, l’humidité est là.

Il pleut en suspension dans l’air, ils croient.

 

La nuit la pluie tamtam.

De nombreuses insomnies ont trouvé solution.

Les marchands de boules Quies ont fait faillite.

 

La pluie s’immisce dans les interstices.

Entre les vitres et les portières de voiture.

Il pousse des champignons longs et blancs ou marron et râblés sur la moquette de la place du mort.

Nous faisons essuie glace intérieur pour effacer la buée.

Les stations de séchage Eléphant Bleu ont fait fortune.

 

Nos cheveux frisent et notre teint est frais et aussi pur que la rosée.

Nous prenons des attitudes de porcelaine anglaise.

Nos mains glissent l’une dans l’autre.

Sur le bout de ton nez, une perle brille, mon amour.

 

Nous assortissons nos parapluies à nos tenues.

Certains ont pour métier « tuning d’équipement de milieu humide ».

En ce moment, le décor le plus en vogue sur les bottes en caoutchouc, c’est les étoiles américaines, pour cause d’Obama.

 

Certains en profitent pour ne pas aller travailler.

Je peux pas, j’ai une rivière qui passe en bas de chez moi, ils disent.

Les patrons contre offensivent en demandant un certificat des services de la voirie municipale.

Il faut déjà 3 mois et 4 jours pour en avoir un,  et ça ne va pas s’arranger.

Frauder au certificat de la voierie est une cause réelle et sérieuse de licenciement.

 

D’autres développent d’étranges maladies.

C’est pas une maladie d’origine professionnelle, disent les patrons.

C’est pas une maladie psychosomatique, disent les médecins. Ceux de gauche.

Avec leurs bombes ils ont détraqué le temps, disent les vieilles. Et aussi un peu les vieux.

En attendant, tu ne peux plus avoir de larmes.

Tu ne transpires plus.

Ta toux est sèche.

Les marchands de mouchoirs en papier, de déodorants, de sirop pour toux grasses et d’eau en bouteille font faillite.

 

C’est tabou de parler des destinations sous les tropiques, du bronzage, de piscine en plein air et d’érythème solaire.

Les marchands de voyages ont fait fortune.

Les marchands de piscine ont fait faillite.

 

La petite capuche en plastique transparent qu’on met sur la tête est revenue à la mode et Rachida en porte de chez Dior, avec un décor de balances. Carlita porte des cirés bretons mais bleus pour cause d’Obama.

 

Parfois on s’en fout alors on va au bord de la mer, et il n’y a plus de frontière, entre la terre, la mer et le ciel, on redevient cœurs liquides et âmes paisibles, et parfois on se couche, l’un contre l’autre en cuillère, sur le sable dur et froid, et on n’est plus rien, que des rescapés de l’Arche de Noé.

 

Commentaires

C'est ennuyeux car toute cette pluie me donne le teint cireux de celle qui ne voit plus le jour et le moral d'une dépressive qui voit poindre la fin du monde.
Comment fais-tu pour donner autant de légèreté à ce texte et mettre autant de couleur à ta grenouille ?
d'ailleurs je me demande si les animaux en sont pas tes véritables amis ces temps derniers ?

Ecrit par : grazie | 06.11.2008

Une ambiance à laquelle on ne peut échapper, j'ai cherché ma serviette pour me sécher à la fin de votre texte. Une immersion parfaitement réussie, donc !
:)

Ecrit par : martin | 06.11.2008

Certes, ton texte imprégné d'une certaine humidité ambiante pourrait être jugé comme pernicieux par le consortium virtuel qui nous dirige. Susceptible de s'attaquer au moral des travailleurs, et par conséquent à celui des ménages ...

Une équipe de chercheurs vient de proposer hier une première solution, fortement médiatisée : un satellite, muni d'un gigantesque rouleau de papier absorbant décollera dés cet après-midi du terrain militaire de Souain-Perthes-lès-Hurlus afin d'entamer plusieurs tours de planète en l'emballant littéralement de couches successives de papier essuie-tout ...

Le tout, en direct, et sous les applaudissements d'un clone de Roger Lanzac, ressorti pour l'occasion ...

Tu vois, finalement : tout finit par s'arranger, et Rachida arbore désormais fièrement un petit chapeau de gendarme, soigneusement plié dans un petit kleenex tout blanc ...

Ecrit par : Archie | 07.11.2008

Le temps était si humide qu'on vendait les biscuits au litre.
(Proverbe nantais)

DUGA
Imperméable

Ecrit par : Duga | 08.11.2008

Grazie : pour l'ambiance fin du monde, c'est mon coté "mieux vaut en rire". Et pour les animaux, c'est vrai, j'ai toujours aimé dessiner des animaux, je trouve ça très détendant (ils ne sont pas là pour trouver qu'ils ne sont pas ressemblants). Et puis, j'ai un coté plus du Nord que toi tout de même ... :)

Martin : un nouveau métier est né, celui de créateur de serviettes autoséchantes.
Merci de votre visite et du compliment !

Archie : l'initiative de notre Nain Révéré a fait chuter le cours des sculptures en papier mâché. Mais aussi, qu'est ce qu'on ne ferait pas pour que Rachida puisse varier ses tenues !

Duga : Le temps était si humide que le béton ne prenait pas et que les constructions ramollissaient telles la maison de la sorcière d'Hansel et Gretel par la canicule de 2003.
Les entreprises de maçonnerie ont fait faillite, un nouveau métier est né, celui d'architecte en stucture plastique habitable. Les bleues ont eu le plus de succès, pour cause d'Obama.

Ecrit par : Audine | 08.11.2008

Dis-donc, quel boulot, les lentilles d'eau !
C'est rigolo chère planète commune, parce qu'une fois j'avais parlé de la misère des marchands de tongs, lors d'un été frisquet. Ton texte m'y a fait penser, en plus radical et version pluie qui mouille. D'accord avec Martin : on plonge !
Je peux jouer ?
Rappel du jeu :
Le temps était si humide... (complétez puis dites qui a fait faillite)
Le temps était si humide qu'on cherchait les arbres dans des forêts de champignons.
Les champignonnistes ont fait faillite.

Ecrit par : Marie-Georges Profonde | 08.11.2008

Le temps était si humide que les banquiers n'épongeaient plus leurs déficits

Les banquiers ont fait faillite

Duga
Histoires vraies

Ecrit par : Duga | 09.11.2008

Joli note humide et particulièrement agréable à lire. J'ai aimé "les essuies glaces intérieurs" et me suis souvenu de "La petite capuche en plastique transparente" bien pliée dans le sac de ma mère, c'était dans les Ardennes forcément. Je note "la moisissure dans la voiture à la place du mort" jolie trouvaille, moi aussi il y a une fuite dans la voiture. Moi j'ai de la chance il a plu, mais c'est fini et le soleil est revenu.

Ecrit par : Marc | 09.11.2008

Marc : oui l'autre jour, je me suis demandée où on pouvait trouver ces fameuses capuches ? Les femmes avaient des mises en plis, faites avec des gros rouleaux sous le séchoir, et qu'il fallait protéger.
Depuis, les rouleaux à mise en pli ont fait faillite du fait des brushings.
Et j'ai vu, qu'il a suffit que je parte en exode un peu pour qu'il refasse "normal" à Monpeul !

Duga et Marie-Georges : excellents !!
Le temps étaient si humide que les chiens refusaient d'aller faire leur promenade pipi et que les enfants ne sortaient plus sans leur bouée canard.
Donc contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre - comme quoi la prévision économique n'est pas une science exacte - les marchands de bouées n'ont pas fait faillite mais les constructeurs de places à crottes pour chiens si.
Un nouveau métier est apparu : concepteur de litière pour chiens autonettoyantes.
(faut toujours compter sur les facultés d'adaptation des hommes).

Ecrit par : Audine | 09.11.2008

Le temps était si humide que les anti-séches furent autorisées aux examens
Les tricheurs firent faillite

Duga
De l'influence de l'hygrométrie sur l'utilité des subterfuges (A paraître en 8 volumes)

Ecrit par : Duga | 09.11.2008

Le temps était si humide que les ivrognes ne pouvaient plus boire cul-sec.

Les bistrotiers firent faillite

Duga
Pétard mouillé

Ecrit par : Duga | 09.11.2008

Hihihi Duga et Audine !
Le temps était si humide qu'on pouvait promener son poisson rouge en laisse.
Les vendeurs d'aquariums firent faillite.

Le temps était si humide qu'il était impossible de répondre à son conjoint d'un ton sec.
Les psychothérapeutes de couples firent faillite.

Ecrit par : Marie-Georges Profonde | 09.11.2008

Les commentaires sont aussi savoureux que le texte... Très chouette !

Ecrit par : Zoridae | 09.11.2008

Ouf, aujourd'hui, il a fait beau. Tant pis pour les grenouilles. Ce Duga ! Il est vraiment très drôle.

Ecrit par : mtislav | 09.11.2008

Merci.
Le plus drôle dans l'histoire, c'est qu'avec tout ce mauvais temps, ils ont fini par détraquer la bombe.
Et les marchands de canons ont fait faillite !

Duga
L'amoral en action.

Ecrit par : Duga | 09.11.2008

Mtislav,

Duga est mieux que drôle !!!

Il mériterait d'avoir un blog :))

Malgré le texte et les commentaires à tomber, je dois dire que fuck, j'adore la pluie moi et je souhaite que ça ne s'arrête jamais. Jamais. Jamais.

Détrempé !!!

Ecrit par : télétubs | 09.11.2008

Merci.

Mais détrempes-toi Tivi. Je suis incapable d'avoir un blog car je n'ai aucune imagination spontanée. Je ne sais pas comment vous faites, Audine, toi et tous les bloggeurs pour sortir des textes ex-nihilo, ex-abrupto et in vino veritas à l'occasion.

Par contre, puisqu'il est question de pluie, je ne puis m'empêcher de citer un extrait d'une chanson de mon toulousain préféré.

"Aussi douce que Marlène
Aussi vache que Dietrich
Elle troue mon bas de laine
Que'j' sois riche ou pas riche
Mais quand j'en ai ma claque
Elle essuie mes revers
Et m'embrasse dans la flaque
D'un soleil а l'envers"

Et là, mes yeux se brouillent, mes yeux mouillent.

Ecrit par : Duga | 09.11.2008

c'est une merveille cette comptine de flics et de flaques et de flocs Audine.
la p'tite capuche transparente m'évoque des souvenirs nostalgiques, je ne saurais dire si ma mère a réussi à m'en faire porter, c'était d'un moche, les sous-pulls en acrylique, ça va bien... tu te moques pour Rachida ???

de ce grand poète de la ville rÔse que j'aime beaucoup aussi, "avec toi, la pluie fait des claquettes"

Ecrit par : beabab | 11.11.2008

Oui un grand poète toulousain.

En tout cas, dur dur de s'aligner entre Duga et MG !

Mais, le temps était si humide que le must était d'avoir une collection de feuilles d'automnes, et alors, on a vu augmenter les dépressions des numismates et les fortunes des vendeurs d'herbiers sur e-bay.
Vendeurs d'herbiers parmi lesquels on trouvait force enfants d'instituteurs, d'ailleurs.

Ecrit par : Audine | 12.11.2008

Enfant d'instituteur dont je suis. J'ai gardé précieusement son herbier, pas comme une sorte d'objet, mais comme quelque chose totalement issu du fruit de son travail.
De la recherche à la cueillette, du nettoyage au pressage, de la mise en feuille à l'étiquetage, de l'identification au nommage en mots latins.
Il n'était pas professeur des écoles non, simple instituteur dans un village rural du Nord de la France, classe unique, 45 élèves, 5 cours du CE1 au certif.
Mort l'année de sa retraite. Mort pour l'Education Nationale.
Sans médaille, sans trompette, sans 11 Novembre.

Je n'ai hérité de lui que son herbier et son respect pour la valeur travail.
Autrement dit rien à la bourse des valeurs actuelles.

J'ai quand même l'impression que je lui dois tout.

Duga
Fils de.

Ecrit par : Duga | 12.11.2008

C'est tout à fait comme ça que je voyais les instituteurs, ceux qui profitaient des vacances scolaires pour apprendre à leurs propres enfants la nature.
Quant aux valeurs actuelles sur e-bay ... tu te doutes de ce que j'en pense.

Ecrit par : Audine | 12.11.2008

Je suis certain que Duga a plein d'histoires à nous raconter. il ne faut pas grand chose pour faire un blog.

Ecrit par : Marc | 13.11.2008

@ Audine
La valeur travail sur y-baille ? Effectivement, ça ne vaut pas une belle en chair.

@ Marc
Merci Marc. Mais je suis plus un parasite de blog qu'un véritable blogger. Au sens où je m'accroche aux blogs des autres en y ajoutant mon grain de sel. Mais je ne me sens pas la capacité d'initier des sujets et d'entretenir toute la correspondance nécessaire. D'autant que j'ai de sérieux problèmes d'emploi du temps. Peut-être quand j'aurai pris ma retraite de la retraite...

Duga
Pou des blogs

Ecrit par : Duga | 13.11.2008

Alors au moins un blog-herbier, Duga ?

Excellent Audine, le coup des numismates dépressifs :))

Le temps était si humide que même les encornets (qui volaient bas) n'avaient plus un seul os de seiche.

Les céphalopodologues durent tout recommencer leurs tableaux de classification des mollusques. Les illustrateurs de planches encyclopédiques qui ne reçurent aucun complément de formation firent faillite.

MGP, instit et fille d'une instit qui ne tenait pas d'herbier

Ecrit par : Marie-Georges Profonde | 13.11.2008

Tenir un herbier, c'est facile.
C'est le remplir qu'est plus dur !

Le temps était si humide qu'on ne péchait plus les tanches.
Les poissonniers firent faillite.

Le temps était si humide que les scaphandres se vendaient comme des petits pains.
Les boulangers firent faillite.

Duga
A quoi tique ?

Ecrit par : Duga | 13.11.2008

Eh bien, chapeau !!
Je ne saurais vous départager, Duga et Marie-Georges, en plus, il ne pleut plus, alors l'inspiration reste planquée !

Je veux bien que vous soyiez mes poux de blog, hein.
En plus, j'imagine bien une banderole d'accueil : "pas de Marie Rose pour Marie Georges".

Au plaisir de vous lire !!

Ecrit par : Audine | 13.11.2008

Voilà que que je me sens toute perdue.

J'ai trouvé une sorte de truc qui s'appelle la fabrique à brac, mais s'y croisent plein d'inconnus, des trucs politiques, et rien des lentilleurs habituels.

Y a-t-il plusieurs fabriques ?

Le temps était si humide qu'il était interdit de pleurer, pour ne pas ajouter à l'eau qui tombait du ciel.
les marchands de mouchoirs firent faillite.

Ecrit par : Fleur d'Hiver | 17.11.2008

Coucou Fleur d'Hiver !
Non à priori, une seule Fabrique, c'est juste que pour le vernissage, plein de monde est venu poster un petit mot, et comme c'est grand ... Mais les Lentilleurs y sont bien (à part Grazie qui n'a pas l'air d'avoir trouvé le chemin !).
L'objectif est bien de s'ouvrir à du monde, du monde de bonne compagnie bien sûr.

Les marchands de mouchoirs se sont reconvertis en marchands de lingettes : ils déposent de l'extrait sec de produit sur les mouchoirs, sous vide, plongent les mouchoirs à extraits dans un sachet hermétique. Tu sors ton mouchoir et pouf ! il devient lingette prête à l'emploi ! Fini le temps des lingettes hors d'usage pour cause de sécheresse intempestive !

Ecrit par : Audine | 17.11.2008

Bonjour. Depuis longtemps je n'y étais plus .Me revoilà.
Ah! le roulement de séchage!
c'est ce que je préfère. C'est de la poésie toute audinienne.

Dans le cadre de la fabrique, la bouche carrée au mascara, fait jaillir des images instantanément. Phrase très concentrée et de construction déconcertante. D'où un sûr effet comique.

Ecrit par : le croco | 19.11.2008

y a tellement de commentaires sur tes textes que je ne peux prendre le temps de les lire. J'ai survolé les premières lignes parce que je croyais à une petite ritournelle poétique un peu mélancolique et puis soudain mon oeil a freiné, happé par les mots et leur sens. Oublié la musique, un monde naissait et je les voyais tous. La rage et le coeur un peu humide, un peu frondeur.. comme si.. comme si parfois, oui, on trichait avec la vraie vie et qu'on arrivait à faire front à ses vilaines courroies qui nous enchaînent et nous entraînent vers la fin sans qu'on puisse vraiment en avoir profité. Plus je vieillis et moins j'ai de temps....
Alors merci.

Ecrit par : soleildebrousse | 28.11.2008

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